Au président climatosceptique et républicain de la commission sénatoriale chargée de l’environnement, James Inhofe, qui avait considéré en février, boule de neige en main, qu’il faisait «très froid» en hiver, le président des Etats-Unis, Barack Obama, pourra faire remarquer lundi 3 août qu’il fait très chaud en été. Alors que l’état d’urgence a été déclaré le 2 août en Californie, en proie à d’importants incendies, les fortes chaleurs ont en effet obligé la Maison-Blanche à déplacer la cérémonie de présentation de nouvelles régulations visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Celle-ci devrait se tenir à l’intérieur du bâtiment alors qu’elle avait été prévue initialement sur l’une de ses pelouses adjacentes.

Les nouveaux objectifs fixés aux centrales thermiques américaines que M. Obama devait détailler lundi, mais que le Washington Post a publiés dans son édition du 2 août, sont plus ambitieux que ceux présentés initialement en juin 2014. D’ici à 2030, les Etats-Unis devront en effet réduire de 32% leurs émissions de gaz à effet de serre liées à la production d’électricité, sur la base de celles enregistrées en 2005. La première version visait une réduction de 30%.

Délicates transitions

Le plan piloté par l’Environmental Protection Agency (EPA) allie la rigueur à la flexibilité. Plus question pour les États de miser sur l’efficacité énergétique (la limitation de la production) ou l’effet d’éviction du charbon au profit du gaz de schiste, devenu abondant aux États-Unis au cours de la dernière décennie, mais dont la production entraîne des émissions de méthane. Ces émissions réduisent les gains tirés du recours à cette source d’énergie moins polluante. L’accent est au contraire mis sur les énergies renouvelables, comme le solaire et l’éolien, dont la part pour la production d’électricité passera à 28% en 2030, au lieu de 22% initialement.

L’administration compte subventionner ces sources d’énergie pour accompagner les Etats dans leurs délicates transitions. En effet, les centrales thermiques au charbon, dont la prééminence n’a cessé d’être remise en cause par la montée en charge de celles au gaz, comptent encore pour plus de la moitié de la production d’électricité dans quatorze Etats et pour un tiers dans vingt-cinq selon l’Energy Information Administration (EIA), soit la même part qu’au niveau national. Dans trois Etats «charbonniers», la Virginie-Occidentale, le Kentucky et le Wyoming, cette part est même supérieure à 87%!

Pour tenter de désarmer les oppositions, la version du plan qui devait être présentée lundi fixe aux Etats un délai supplémentaire de deux ans, jusqu’en 2022, pour s’engager dans ces réductions, évoque des mutualisations entre Etats, et prévoit une plus grande souplesse pour éviter les pénuries qui seraient liées à la transition. Cette flexibilité ne sera cependant pas suffisante pour ceux qui s’opposent à cette attaque en règle contre les 1200 centrales à charbon que comptent encore les Etats-Unis. Dans le scénario de la première version du plan publié en mai par l’EIA, elle signifiait déjà l’arrêt d’un tiers de cette production d’électricité en 2030, soit 104 gigawatts, par rapport à la production de 2005.

Guérilla juridique

Elu du Kentucky, le chef de la majorité républicaine du Sénat, Mitch McConnell, a de longue date fait part de son opposition aux ambitions de l’EPA. Il a invité les Etats les plus dépendants du charbon à s’engager dans une guérilla juridique en dénonçant l’intervention de l’Etat fédéral dans ce qu’il considère comme des affaires relevant de leur seule responsabilité.

Faute de disposer d’une majorité au Congrès sur ces questions environnementales, M. Obama n’a pas pu mettre sur pied le marché du carbone qu’il avait initialement envisagé. Mais la partie est cependant compliquée pour les thuriféraires du «Roi charbon» qui dénoncent par avance les surcoûts de ce plan pour l’économie américaine alors que l’administration promet au contraire aux consommateurs une baisse de leurs factures d’électricité, avançant même le montant extrêmement précis de 85 dollars (77,30 euros) par an une fois les objectifs atteints. Si les Etats rechignent à présenter un plan, l’EPA pourra en effet leur en imposer un.

L’administration a recours à la voie réglementaire et au bras armé de l’EPA, forte de l’arrêt rendu par la Cour suprême en 2007. Cet arrêt a disposé que le dioxyde de carbone est un polluant et que l’agence est donc fondée, en vertu du Clean Air Act adopté quatre décennies plus tôt, à lutter contre ses émissions. L’industrie a d’ailleurs commencé à anticiper cette évolution selon l’EIA, qui avait déjà indiqué en mars que la production d’électricité par la combustion du charbon allait baisser de 12,9 gigawatts en 2015, dans un marché pourtant en expansion de 20 gigawatts, principalement dans l’éolien. Cet infléchissement avait débuté avant même la publication du premier plan de l’EPA, selon une note publiée en mai 2014 par la même agence.

Depuis des mois, M. Obama ne cesse de marteler ses ambitions environnementales, partagées ces derniers jours par la candidate démocrate à l’investiture pour l’élection présidentielle de 2016 Hillary Clinton, qui a dévoilé un projet ambitieux pour l’énergie solaire. Fidèle à son cap, le président a multiplié les annonces depuis plus d’un an, de la première version du plan à un accord de limitation d’émissions polluantes avec la Chine, en novembre de la même année, et au chiffrage des objectifs américains de réduction des gaz à effet de serre communiqués en mars dans la perspective de la conférence internationale prévue à Paris en décembre.