Engagé, fidèle à sa vision du monde. Le président américain a tenu un discours remarqué d’un peu moins d’une heure à l’académie militaire de West Point à l’occasion de la cérémonie de remise des diplômes des cadets de cette vénérable institution installée le long de l’Hudson dans l’Etat de New York. Deux points forts émergent de l’allocution de Barack Obama visant à clarifier les axes de sa politique étrangère pour les 31 derniers mois qui lui restent à la Maison-Blanche et à répondre aux critiques tant domestiques qu’internationales sur un soi-disant manque de leadership de la première puissance mondiale. Le terrorisme reste la menace numéro un pour l’Amérique, mais la lutte contre les extrémistes du monde entier doit changer. Quant au leadership des Etats-Unis, il ne s’est en rien affaibli, a précisé Barack Obama, soulignant qu’il se décline désormais différemment.

Maintenant que le noyau d’Al-Qaida en Afghanistan et au Pakistan a été décimé par les drones américains et qu’Oussama ben Laden a été éliminé, il importe de changer de focal: combattre les affiliés d’Al-Qaida de la Syrie au Nigeria en mobilisant les partenaires des Etats-Unis et en favorisant l’action collective, militaire si nécessaire. «Car une action collective dans ces circonstances a plus de chance de réussir, de produire des résultats durables et d’éviter des erreurs coûteuses», a déclaré le président.

L’Afghanistan

Le changement de stratégie proposé par Obama s’inscrit dans le fil des décisions qu’il vient de prendre en Afghanistan. Il a annoncé mardi que 9800 soldats allaient rester en Afghanistan à la fin de 2014, que ce nombre allait diminuer de moitié en 2015 et qu’il serait réduit à zéro ou presque en 2016. Aujourd’hui déjà, les troupes américaines sur place sont surtout chargées de former les forces afghanes afin d’assurer elles-mêmes à l’avenir la sécurité du pays. Les 9800 soldats qui resteront assumeront aussi ce type de mission, même si une fraction d’entre eux poursuivront des opérations antiterroristes. Mardi déjà, une telle annonce a d’ailleurs suscité des critiques à gauche comme à droite. Pour les uns, ce retrait est trop lent, pour d’autres, il est précipité.

Un fond de partenariat pour lutter contre le terrorisme

Le patron de la Maison-Blanche a relevé que l’hypothèse d’une attaque massive contre les Etats-Unis du type du 11-Septembre est moins plausible, mais des attaques de plus petites échelles à l’étranger, comme celle de la mission américaine de Benghazi le 11 septembre 2012, restent très probables. Barack Obama juge désormais indispensable de renforcer un réseau de partenariats allant de l’Asie du Sud au Sahel. Il appelle aussi le Congrès à approuver la création d’un Fond de Partenariat dans la lutte contre le terrorisme doté de 5 milliards de dollars afin d’allouer de nouvelles ressources à cette nouvelle forme de lutte contre des avatars d’Al-Qaida. Car pour le président, le monde change à grande vitesse. La technologie et la globalisation ont permis de grands progrès, mais elles ont aussi donné davantage de pouvoir aux individus dont la capacité de nuire a fortement augmenté.

La Syrie

A propos de la Syrie, il reconnaît sa frustration de constater qu’il n’y a pas de «solution facile. Aucune solution militaire ne peut éliminer les terribles souffrances» endurées par le peuple syrien. «En tant que président, j’ai pris la décision qu’il n’y aurait pas de soldats américains sur le terrain au milieu d’une guerre civile impliquant toujours plus des violences interconfessionnelles. Je pense que c’était la bonne décision. Mais cela ne veut pas dire que nous ne devrions pas aider le peuple syrien à s’ériger contre un dictateur.» Washington va renforcer son soutien aux pays voisins de la Syrie, Liban, Jordanie, Irak et Turquie et pourrait renforcer l’aide aux rebelles.

«L’isolationnisme n’est pas une option»

Barack Obama s’est une nouvelle fois présenté en président réaliste, refusant d’éteindre tous les incendies de la planète. Mettant en garde les interventionnistes et les isolationnistes à tous crins qui peuvent chacun trouver des exemples dans l’histoire pour soutenir leur thèse, le président a estimé que ni l’un ni l’autre ne formule une stratégie qui convienne aux défis du XXIe siècle. «L’isolationnisme n’est pas une option», a-t-il déclaré relevant que l’Amérique n’hésitera pas à recourir à la force si nécessaire, quand les intérêts des Etats-Unis ou leurs alliés sont menacés. «Mais dans de tels cas, nous devons toujours nous poser des questions difficiles pour se demander si notre action est proportionnelle, efficace et juste. L’opinion internationale importe.» Le président démocrate a refusé de voir dans l’action militaire le seul instrument du leadership américain. «Si nous prenons une action directe, nous devons le faire en respectant des standards qui reflètent nos valeurs. Cela signifie qu’il est possible de mener des frappes seulement si nous faisons face à une menace continue et imminente et seulement dans les cas où il y a presque une certitude d’éviter de faire des victimes civiles. Car notre action doit passer un test simple: nous ne devons pas créer davantage d’ennemis que ceux que nous éliminons sur le champ de bataille.»

Les mérites de la diplomatie

Barack Obama a ajouté que pour maintenir un ordre mondial né au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’action des Etats-Unis, comme «nation indispensable», était impérative, mais qu’elle devait se conjuguer avec toutes les organisations internationales capables de contribuer à la paix et à la stabilité de la planète. La diplomatie reste pour lui un instrument essentiel. Mais le président américain a aussi rappelé que si le monde change, les institutions internationales comme l’ONU doivent également changer. Il refuse toutefois de considérer un engagement de l’Amérique aux côtés de ces institutions comme un affaiblissement de la première puissance mondiale. Au contraire. Il a montré par l’exemple comment la Russie avait été isolée sur la scène internationale grâce à l’action concertée de l’Union européenne, de l’OTAN, et l’OSCE et des Etats-Unis. Pour illustrer ses propos au sujet des mérites de la diplomatie, il a aussi insisté sur les négociations sur le programme nucléaire iranien qui représentent une «vraie chance de percée dans l’optique d’un accord» qui serait plus efficace, plus durable que ce qui aurait pu être atteint en bombardant les installations nucléaires iraniennes.

Enfin, l’expression de la puissance américaine doit aussi se faire par l’exemple, a-t-il ajouté, se référant à la lutte contre le réchauffement climatique. «Nous ne pouvons pas appeler d’autres pays à s’engager à combattre le changement climatique si autant de nos chefs de fil politiques ici continuent de nier son existence.» Barack Obama a aussi souligné qu’il était plus difficile d’exhorter la Chine à respecter les normes maritimes tant que les Etats-Unis refusent de ratifier la Convention de l’ONU sur le droit de la mer.