Barack Obama s’attaque au réchauffement

Etats-Unis Le chef de la Maison-Blanche entend réduire les émissions des centrales électriques au charbon

Le camp républicain appelle à la guérilla

Le président américain, Barack Obama, profite du milieu de son second mandat pour multiplier les initiatives audacieuses. Après avoir renoué les relations diplomatiques entre son pays et Cuba, puis conclu un accord stratégique avec l’Iran, il a annoncé lundi le plan de lutte le plus radical jamais lancé par la Maison-Blanche contre le réchauffement climatique. Une déclaration qui ne manquera pas de peser sur l’importante conférence internationale prévue à ce sujet dans quatre mois à Paris.

Le plan s’attaque en priorité aux centrales électriques, qui représentent 40% des émissions américaines de dioxyde de carbone (CO2), le gaz qui contribue le plus, globalement, au réchauffement climatique. Il vise tout particulièrement les quelque 1200 installations qui fonctionnent au charbon, un hydrocarbure connu pour produire des quantités particulièrement importantes de gaz à effet de serre. Son objectif est d’amener ce secteur à réduire de 32% ses émissions d’ici à 2030 par rapport à 2005.

Le dispositif prévoit que l’Agence fédérale de protection de l’environnement donne des objectifs précis aux Etats concernés tout en les laissant décider des moyens précis à utiliser pour atteindre leurs buts. Il lui commande parallèlement d’élaborer un programme standard à l’intention des éventuels récalcitrants.

Un autre objectif important du plan d’action est de favoriser les énergies renouvelables. Pour réduire les émissions américaines, Barack Obama aurait pu miser essentiellement sur une production et une utilisation plus efficace de l’énergie. Il aurait pu, aussi, parier largement sur le remplacement du charbon par d’autres hydrocarbures moins dommageables, comme le gaz. Il a préféré mettre l’accent sur le développement du solaire et de l’éolien, censés produire 28% de l’électricité américaine en 2030, contre 22% aujourd’hui.

Le projet de départ a été assoupli. A en croire des témoins cités par le New York Times, l’Agence fédérale de protection de l’environnement avait proposé initialement que les Etats soumettent leurs plans en 2016, avec possibilité de repousser ce délai en 2017, et qu’ils commencent à les appliquer en 2020. Décision (politique) a été prise depuis de leur laisser un peu plus de temps, pour leur demander de soumettre leurs projets d’ici à 2018 et d’entrer dans le concret au plus tard en 2022. Un délai supplémentaire qui devrait faciliter le passage du charbon aux énergies renouvelables, au détriment d’une simple conversion au gaz.

La limitation des émissions américaines de gaz à effet de serre est un vieux projet de Barack Obama. Le président des Etats-Unis en avait fait l’un de ses principaux objectifs au début de son premier mandat. Ce qui l’avait conduit à s’investir intensément lors de la conférence sur le réchauffement organisée à Copenhague il y a six ans. Mais le maigre bilan de son intervention lui avait montré les limites de son volontarisme et l’avait convaincu de concentrer ses efforts sur d’autres objectifs, comme sa réforme de la santé.

Le président n’avait pas pour autant renoncé. Il revient maintenant à la charge à l’occasion de la conférence de Paris, susceptible, comme celle de Copenhague, de catalyser le désir d’action au niveau international. En annonçant la mise au pas des centrales électriques américaines, il espère non seulement s’approcher de son engagement au niveau national, à savoir une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 17% en 2020 et de 26 à 28% en 2025 par rapport à 2005. Il entend aussi se garantir une crédibilité suffisante pour jouer les premiers rôles dans les négociations.

La contre-attaque ne s’est pas fait attendre. Des élus républicains ont dénoncé une «guerre au charbon» et les pertes d’emplois qu’elle provoquerait dans les nombreux Etats producteurs, comme la Virginie-Occidentale, le Kentucky et le Wyoming. Ils ont aussi vivement contesté la prétention de Barack Obama d’assurer ainsi un approvisionnement plus sûr en énergie et une baisse du prix de l’électricité. A les entendre, c’est tout le contraire que l’initiative promet aux Américains.

Le dirigeant de la majorité au Sénat, le républicain du Kentucky Mitch McConnell, a appelé les gouverneurs concernés à rejeter le plan de la Maison-Blanche et à engager contre lui une guérilla juridique. L’issue de la bataille dépendra largement de la prochaine élection présidentielle. La candidate démocrate Hillary Clinton a déclaré qu’elle soutenait les nouvelles règles. Le candidat républicain Jeb Bush les a tout au contraire sévèrement critiquées.

Défait il y a six ans, le président revient à la charge à l’occasion de la conférence de Paris sur le climat