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Le président des Etats-Unis Barack Obama.
© Hasan Jamali

Europe

Barack Obama s’immisce dans le débat sur le Brexit

Le président américain débute ce vendredi un déplacement au Royaume-Uni pour exprimer son opposition au Brexit, provoquant la controverse

Mais qu’allait-il donc faire dans cette galère? Barack Obama débute ce vendredi une visite de deux jours et demi au Royaume-Uni, pendant laquelle il doit exprimer son opposition au Brexit. Allant à l’encontre des protocoles diplomatiques habituels, le président américain s’immisce dans un débat politique interne explosif à seulement deux mois du référendum britannique du 23 juin pour rester ou sortir de l’Union Européenne (UE).

La date de la visite est d’autant plus inhabituelle que Barack Obama n’a pas de raison officielle de se rendre à Londres ou de dossier urgent à régler avec le premier ministre britannique. «L’explication est simple: David Cameron lui a demandé de venir», décode Heather Conley, du Center for Strategic and International Studies (CSIS), un think tank basé à Washington. Il s’agit donc d’un service rendu à David Cameron par le président américain, qui accepte de faire ce geste parce qu’il craint de voir son premier allié européen s’éloigner de l’UE.

Craintes américaines

D’après David Laws, un ancien secrétaire d’Etat britannique (libéral-démocrate), Barack Obama avait conseillé il y a quelques années à David Cameron de ne pas organiser le référendum sur l’appartenance à l’UE. Faute d’avoir été entendu, il va maintenant s’exprimer directement.

«Le Royaume-Uni a exercé une influence disproportionnée dans le monde depuis des siècles […] et nous estimons qu’il continuera à jouer ce rôle de façon plus efficace s’il reste dans l’Union européenne», expliquait le 14 avril Charles Kupchan, directeur des affaires européennes à la Maison Blanche. Selon lui, le Royaume-Uni est plus écouté à l’international en tant que membre de l’UE et son économie est plus solide. Londres a aussi aidé à pousser une vision plus anglo-saxonne des Vingt-Huit, tournée vers le libre-échange et ouverte à l’élargissement au pays de l’est de l’Europe. Enfin, Charles Kupchan ajoute un dernier point: face aux graves crises que traverse l’UE (réfugiés, zone euro), il craint qu’un Brexit affaiblisse encore plus le club européen.

Grogne des europhobes

La visite débute avec un déjeuner au château de Windsor en compagnie de la reine d’Angleterre, qui vient de fêter ses 90 ans. Le président américain rencontrera ensuite David Cameron, et donnera une conférence de presse conjointe avec le premier ministre britannique, avant de dîner avec le prince William et sa famille. Le point d’orgue du séjour sera un grand discours samedi, lors d’un «townhall meeting» où Barack Obama doit en particulier s’exprimer auprès de la jeunesse.

Sa visite à Londres a provoqué de très vives réactions dans le camp du Brexit. Il y a quelques semaines, Liam Fox, un ancien ministre de la défense conservateur, taxait le président américain d’hypocrisie, estimant que les Etats-Unis n’accepteraient jamais de céder leur souveraineté à une institution supranationale. «Quand les Américains auront une frontière ouverte avec le Mexique et une cour qui pourra annuler les décisions de leur cour suprême et quand le Congrès n’aura pas le dernier mot pour les lois fédérales, alors peut-être que nous les écouterons.»

«Obama fait (ce déplacement) parce que Cameron s’est mis à genoux et lui a demandé: s’il te plaît, aide-nous à intimider («bully») les Britanniques dans cette prise de décision», ajoute Iain Duncan Smith, ancien ministre de la sécurité sociale, qui a démissionné avec fracas le mois dernier.

Démarche risquée

Le paradoxe est que les partisans du Brexit sont la plupart du temps aussi les plus atlantistes. L’un de leurs arguments clés est que le Royaume-Uni, «libéré» de l’UE, pourrait se tourner vers le reste du monde, et notamment le grand frère américain. En particulier, il serait possible selon eux de signer des accords de libre-échange directement avec d’autres pays, sans passer par Bruxelles.

L’administration américaine rejette fermement cet argument. En octobre 2015, Mike Froman, représentant américain pour le commerce, l’avait dit sans ambages. «Nous ne sommes pas particulièrement sur le marché des accords de libre-échange avec des pays seuls.»

Pour David Cameron, ce soutien arrive à point nommé. Les sondages indiquent que l’avance du camp pour rester dans l’Union Européenne s’est réduite ces dernières semaines. Mais pour Barack Obama, le risque de commettre un faux pas, à l’effet contre-productif, est réel. «L’idée (pour les Etats-Unis) est d’avoir du poids dans le débat sans en faire partie, sans exacerber les tensions autour du référendum, conclut Heather Conley, du CSIS. Je ne suis pas sûr que le président y parviendra.»

Lire également: Le regard inquiet de Barack Obama sur la situation de l’Europe

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