Il aurait pu se contenter de planifier sa vie après la Maison-Blanche. A huit mois de la fin de ses deux mandats à la présidence des Etats-Unis, Barack Obama a toutefois un dernier combat majeur à mener: s’assurer que son successeur sera un démocrate. Jusqu’ici, il a bien veillé à ne pas prendre parti pour un camp ou un autre. Maintenant qu’Hillary Clinton a gagné les primaires, l’heure, estime-t-il, est à l’unification du parti.

La première étape de ce processus délicat a commencé à la Maison-Blanche jeudi matin. Barack Obama a longuement discuté avec Bernie Sanders, le rival malheureux d’Hillary Clinton. Il n’a en rien voulu précipiter les choses, conscient du fait que les blessures infligées au cours des primaires ont besoin de temps pour cicatriser. En 2008, les primaires entre lui-même et l’ex-First Lady avaient été très disputées et il avait fallu d’innombrables palabres et rencontres pour que les deux camps se retrouvent. Preuve que le processus fut un succès: à la surprise générale, Barack Obama nomma Hillary Clinton au poste de cheffe de la diplomatie américaine.

Réglé comme du papier à musique, le processus de réconciliation est passé à une seconde étape une heure seulement après la rencontre entre Sanders et le président. Dans une vidéo, Barack Obama annonce qu’il soutient officiellement Hillary Clinton, soulignant qu’elle est «la plus qualifiée» pour exercer la fonction présidentielle. Il y souligne les qualités de son ex-secrétaire d’État et dit se réjouir de faire activement campagne pour elle, pour les démocrates, pour l’Amérique. L’espoir est désormais que les électeurs suivent.

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Barack Obama descend dans l’arène politique en «pacificateur en chef». Très populaire au sein de son parti et bénéficiant d’une excellente cote de popularité au sein de l’opinion publique américaine (+ de 50% contre 20% à la même époque pour George W. Bush), il sera un atout de poids pour Hillary Clinton, pour convaincre aussi bien les Afro-Américains de voter en masse que les femmes indépendantes et les milléniaux de jeter leur dévolu sur la démocrate. Personne n’est plus à même que le président de rassembler les électeurs de l’ex-secrétaire d’État et du sénateur du Vermont.

Un discours apaisé après la rencontre avec Barack Obama

A l’issue des scrutins de mardi qui ont permis à Hillary Clinton d’écrire une page d’histoire en devenant la première femme à gagner les primaires d’un des deux grands partis, Bernie Sanders a irrité ceux qui aspirent à une unité rapide du parti afin de battre le républicain Donald Trump le 8 novembre. Entêté, irascible, amer. Les adjectifs n’ont pas manqué pour qualifier l’attitude du candidat «socialiste démocrate». L’honneur d’être reçu par le président à la Maison-Blanche fut une forme de remerciement pour ce candidat atypique qui a voulu mener une «révolution politique».

«Je me réjouis de rencontrer Hillary Clinton et de travailler avec elle pour battre Donald Trump.»

A l’issue de la rencontre, la tonalité du discours de Bernie Sanders s’était déjà apaisée. Tout en rappelant sa volonté de lutter contre les inégalités, il a rassuré le camp démocrate: «Je me réjouis de rencontrer Hillary Clinton et de travailler avec elle pour battre Donald Trump.» Le sénateur du Vermont devrait ainsi bientôt tirer sa révérence en ses propres termes avec la subtile bienveillance de Barack Obama. Ce dernier est cependant déjà en discussion avec l’équipe de campagne de la démocrate pour voir où il serait le plus utile. Sans dispenser de conseils tactiques, il a suggéré à l’ex-secrétaire d’État, critiquée par une partie des Américains pour son manque d’éthique, d’être fidèle à ses valeurs.

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Certains verront dans l’appui d’Obama un simple retour d’ascenseur. En 2008, après une douloureuse réconciliation, Hillary Clinton avait fini par soutenir pleinement la candidature de son rival démocrate. En 2012, alors que l’élection face au républicain Mitt Romney était incertaine, Bill Clinton avait expliqué avec maestria les succès économiques de l’administration Obama. L’exercice avait eu un impact majeur, compensant la difficulté du grand orateur Obama à «vendre» sa politique. Mais pour le président démocrate, Hillary Clinton n’est pas qu’une simple candidate: elle est devenue une amie qu’il respecte profondément. A ses yeux, elle est la plus à même de consolider son bilan politique dans la durée. Plus faucon que le président, elle serait probablement plus interventionniste, mais les deux partagent bon nombre de valeurs communes.

Si elle est élue, elle fera tout pour renforcer Obamacare, la réforme de la santé et maintenir Dodd-Frank, la réforme de Wall Street. Elle se battra comme son prédécesseur pour réparer un système d’immigration cassé. Elle ne cherchera pas, comme Donald Trump, à jeter aux orties l’accord sur le programme nucléaire iranien. Elle ne remettra pas en question le réchauffement diplomatique avec Cuba. Là où une présidente Clinton pourrait détricoter un succès de Barack Obama, c’est en matière de libre-échange. Elle s’oppose pour l’heure au Partenariat transpacifique cher au président qu’elle avait initialement promu. Si elle accède à la Maison-Blanche, il n’est pas impossible qu’elle fasse une nouvelle volte-face.