Dans une interview exclusive donnée jeudi lors d'un meeting au Michigan à l'agence Inter Press Service, le candidat démocrate Barack Obama parle des objectifs à atteindre par les Etats-Unis en matière de sécurité énergétique et d'environnement. L'aide aux pays pauvres reste une priorité malgré la crise financière – dont il reconnaît l'impact mondial.

– Des mesures pour protéger les classes moyennes et pauvres sont prétendument incluses dans le plan de 700 milliards de dollars pour le sauvetage de Wall Street. Si vous devenez président, comment allez-vous garantir cette protection?

Barack Obama: Ce que j'ai fait est inscrit dans la législation, il y aura un conseil indépendant de supervision qui surveiller ce que fait le Trésor. Notre législation prévoit que l'argent provenant de la vente des actifs acquis doit servir entièrement à réduire la dette nationale, les contribuables retrouveront donc leur mise.

Mais il faudra que la prochaine administration soit diligente concernant ces protections. Il est très important qu'elle fasse le maximum pour renforcer le marché immobilier sous-jacent, et empêche les saisies qui ont dévasté tant de communautés, en particulier les Afro-Américains et les Hispaniques.

– Vous parlez beaucoup des compagnies pétrolières. Que pensez-vous des 20 à 40 milliards de dollars de subventions qu'elles reçoivent du gouvernement chaque année? Allez-vous les éliminer ou les investir dans les énergies alternatives?

– Eh bien, je pense qu'il n'y a aucun doute: on ne devrait pas leur donner d'avantages fiscaux alors qu'elles se font 12 milliards [de dollars] par trimestre. Comme ExxonMobil qui a gagné presque 12 milliards par trimestre trois fois de suite – la notion qu'elles aient besoin de subsides n'a aucun sens. Donc je pense que nous devrions, dans le cadre d'un plan global de l'énergie, nous assurer que ces subsides soient redirigés vers les énergies solaires, éoliennes ou les biocarburants, qui peuvent être tellement importants pour notre avenir énergétique à long terme.

– Est-ce que les Etats-Unis dirigés par Obama augmenteront leur aide internationale pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement et réduire la pauvreté mondiale?

– J'ai dit que je trouvais important d'augmenter notre aide extérieure. Mais je dois dire que mes plans ont été établis avant l'actuelle crise financière. Nous devrons donc voir ce qui sera possible dans le budget de l'an prochain. Je peux assurer que nous ne couperons pas l'aide, nous allons l'augmenter. Mais peut-être pas autant et aussi vite que je le souhaitais en faisant mes plans l'an dernier.

– Vous avez dit que la Chine s'engage en Amérique latine alors que les Etats-Unis sont absents. Qu'allez-vous faire?

– La question, je pense, est d'avoir un impact dans ces pays. Il faut se demander comment travailler avec eux, pas seulement pour lutter contre la drogue ou les gangs. Nous devons aussi réfléchir comment nous aidons ces pays qui ont encore tant de millions de pauvres chez eux. Comment créer des possibilités d'emplois et de croissance. La réponse, c'est en partie un commerce qui soit structuré non seulement pour les compagnies, mais aussi pour les travailleurs. Et en partie aussi l'infrastructure de base, de santé et d'éducation. Cela fait une énorme différence.

– Vous avez parlé de modifier l'Accord de libre-échange nord-américain (NAFTA). Il y a aussi l'accord de libre-échange centro-américain (CAFTA).

– Je trouve que tous nos accords commerciaux doivent avoir de fortes mesures en faveur des travailleurs et de l'environnement et que nous devons les appliquer. Mais nous n'avons pas été très bons dans l'application de nos accords. C'est une chose qui changera dans mon administration.

– Comment pensez-vous gérer

les répercussions du sauvetage de Wall Street sur l'économie mexicaine, qui est très liée à celle des Etats-Unis?

– Ce n'est pas seulement le Mexique. L'économie mondiale tout entière est interreliée. L'Europe affronte maintenant des problèmes similaires à ceux de Wall Street. C'est pourquoi il est important de nous coordonner avec le G-20 [groupe de pays en développement], et de faire le maximum pour être sûr que lorsque nous aurons mis en place des régulations ici, ces régulations soient en miroir ailleurs. Qu'il n'y ait qu'un seul système de règles qui soit en vigueur dans toutes les capitales globales.

– Le Pakistan est aussi dans les feux de l'actualité. Quelles seront vos relations avec lui, en sachant qu'un gros paquet de dollars du contribuable américain va là-bas?

– Le Pakistan est un problème difficile. Il y a une démocratie fragile après des années de régime militaire. Des montagnes où les camps de talibans et d'Al-Qaida sont d'accès très difficile. Les Pakistanais, je pense, redoutent que s'ils les traquent trop durement, ils aient de nouveaux attentats comme celui de l'Hôtel Marriott.

Alors ce que nous devons faire, c'est travailler rapidement avec eux, en expliquant: «Nous sommes prêts à poursuivre notre soutien et notre aide, mais vous devez prendre cet enjeu du terrorisme au sérieux, bien plus que vous ne le faites actuellement.» En fait, il s'agit de conditionner cela à leur volonté de coopérer dans la chasse à ceux qui ont tué 3000 Américains [le 11 septembre 2001].