«Je voudrais parler directement au peuple et aux dirigeants de la République islamique d’Iran», dit Barack Obama, dans un geste dont le retentissement s’annonce considérable. Le président américain a en effet rompu avec l’ancienne pratique officielle d’adresser des félicitations au peuple iranien à l’occasion de la grande fête de Norouz. Il associe cette fois le régime islamique dans les destinataires de son message pour offrir la perspective d’un «avenir où les anciennes dissensions sont surmontées» alors qu’elles ont souvent fait craindre la guerre.

Choix

Dans cette vidéo sous-titrée en farsi (la langue iranienne), le chef de la Maison-Blanche souligne que, si son administration est déterminée à «rechercher un dialogue honnête et fondé sur le respect mutuel», le régime iranien a un «choix» à faire lui aussi. Sans parler explicitement du soutien au terrorisme ou de la recherche de l’arme nucléaire dont les Etats-Unis accusent l’Iran depuis des années, Barack Obama dit que la République islamique ne prendra pas le rang international qui lui revient, «par le terrorisme ni par les armes».

Les propos de Barack Obama n’en constituent pas moins la reconnaissance du régime islamique comme un interlocuteur possible pour le gouvernement américain. Les deux pays n’ont plus de relations diplomatiques depuis 1980 et la crise des otages. La Suisse assure le canal diplomatique entre les deux pays.

Grande promesse

En promettant une «diplomatie qui traite la totalité des problèmes», Barack Obama tient l’une de ses grandes promesses, celle de donner sa chance au dialogue avec les adversaires des Etats-Unis, l’Iran au premier rang d’entre eux, et de rompre avec la diplomatie de son prédécesseur George W. Bush. L’ancien président américain avait classé l’Iran parmi les pays de «l’axe du mal».

Le message de Barack Obama, qui avait promis peu après son investiture de tendre la main si les dirigeants iraniens voulaient «desserrer le poing», fait écho à distance au message que lui avait adressé le président iranien Mahmoud Ahmadinejad après sa victoire à la présidentielle américaine en novembre.

M. Ahmadinejad avait félicité M. Obama, mais lui avait demandé un changement radical de la politique américaine. L’équipe Obama cherchait depuis des mois une ouverture avec l’Iran. Elle a donc saisi l’occasion de Norouz, la grande fête annuelle et familiale en Iran.

Quel écho?

Reste à connaître la réponse du régime iranien. Une autre inconnue réside dans l’accès, et même la connaissance que les Iraniens auront de cette vidéo. La Maison Blanche a indiqué qu’elle serait disponible sur internet, mais aussi distribuée à une sélection de médias diffusant dans la région. Un porte-parole de la Maison Blanche, interrogé par l’AFP, a fait état d’Al-Jazeera en anglais, de la BBC en persan et de Voice of America. L’initiative soulève aussi la question de la réaction du grand allié israélien des Etats-Unis, qui se considère comme la cible première de l’Iran.