Pas question de prendre trop de risques. Dans son discours sur l’état de l’Union adressé hier soir aux membres du Congrès, Barack Obama a pris acte de la nouvelle situation politique du pays. Se posant à la fois en défenseur du caractère «exceptionnel» de l’Amérique et en apôtre du «bon sens» face aux radicaux, il a demandé aux élus américains de cesser de «rejouer les batailles du passé». Un discours bien moins stimulant que d’ordinaire, dans lequel le président semblait surtout vouloir éviter de commettre des fautes. Et dessiner la stratégie qui devrait assurer sa réélection dans deux ans.

Après des derniers mois difficiles qui ont culminé sur une «raclée» électorale en novembre (pour reprendre sa propre expression), Obama est à nouveau sur un nuage. A l’approche de la fin de la session du Congrès, il a aligné les succès: ratification du traité Start, fin du bannissement des homosexuels dans l’armée, loi en faveur des victimes du 11 septembre 2001… Ajoutées à un discours unanimement salué à la suite de la tuerie de Tucson, en Arizona, ces victoires ont fait monter sa popularité en flèche.

Devant les nouveaux élus républicains qui ont pris le contrôle de la Chambre des représentants et d’une bonne partie du Sénat, l’heure n’était pas à dilapider ce capital. Sur la question de l’assurance santé, sur le rôle de l’Etat consistant à défendre les plus «vulnérables», le président a certes souligné qu’il resterait inflexible. Mais il s’en est surtout tenu à des considérations générales et à des projets (le train à grande vitesse, l’excellence des professeurs, la réforme du système de taxation…) qui ne pouvaient, exposés dans les grandes lignes, que susciter l’approbation générale.

Les Etats-Unis doivent «remporter la bataille de l’avenir», a-t-il répété une bonne demi-douzaine de fois, prenant comme exemples les chefs de petites entreprises ou les Américains de la classe moyenne qu’il avait invités à assister à la cérémonie du Congrès.

Le mot «jobs», lui, a été énoncé 45 fois. C’est le mot que veut entendre l’Amérique aujourd’hui. Afin de créer des emplois, le président a mis au défi son pays de continuer à «se réinventer lui-même», comme il l’a fait selon lui ces 200 dernières années. Obama s’est engagé à ce que les Etats-Unis produisent un million de véhicules électriques d’ici à 2015. Une décennie plus tard, a-t-il promis, 80% de l’énergie consommée aux Etats-Unis devrait être renouvelable.

Sur la question de la dette et du déficit public, le président a prôné la collaboration avec les républicains pour procéder à des économies «de bon sens». Il a surtout évoqué le secteur des exportations et le gain d’emplois que signifierait une plus grande présence américaine sur les marchés chinois, indien ou coréen du Sud.

Pour la première fois dans l’histoire du pays, l’opposition s’est dédoublée pour donner la réplique au président, comme le veut la tradition. A la réponse officielle du républicain du Wisconsin Paul Ryan – qui a défendu une vision très carrée du rôle de l’Etat mais a néanmoins laissé la porte ouverte à une possible coopération avec le président – s’est en effet ajoutée l’une des figures de proue du Tea Party, Michele Bachmann. «L’Etat veut même choisir les ampoules que l’on doit acheter», s’est écriée l’élue du Minnesota, qui n’a pas fait mystère de sa volonté de «démanteler» les réalisations des deux premières années de l’administration Obama, au premier rang desquelles la réforme du système de la santé.

Cette irruption du Tea Party, et les tiraillements que promet ce mouvement au sein du camp républicain, était sans doute la meilleure nouvelle de la soirée pour un président Obama déterminé à occuper le centre de l’échiquier politique. L’autre bonne nouvelle était pour les Tunisiens: «La volonté d’un peuple a été plus forte que les actes d’un dictateur», a assuré un Barack Obama qui n’a par ailleurs que très peu évoqué les questions de politique internationale. «Soyons clairs cette nuit, a poursuivi le président: les Etats-Unis sont du côté du peuple tunisien et épaulent les aspirations démocratiques de tous les peuples.»