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Le Temps: La visite de Barack Obama à Hiroshima suscite beaucoup d’attentes. Certains attendent des excuses, d’autres l’expression d’une volonté de libérer le monde de l’arme nucléaire.

Rose Gottemoeller: Ce sera une visite historique. C’est sûr. Le président Obama va profiter de l’occasion pour exprimer notre éternelle gratitude aux leaders civils et aux membres des forces armées américaines qui ont servi au cours de la Seconde Guerre mondiale et pour commémorer tous les innocents qui ont perdu la vie aussi bien en Europe qu’en Asie.

- Et par rapport à la question nucléaire?

- Barack Obama va réaffirmer son engagement personnel en faveur d’un monde sans armes nucléaires. C’est l’objectif ultime qu’il a exprimé dans son fameux discours de Prague en avril 2009. Il va chercher à transmettre aux jeunes générations un message fort pour qu’elles gardent en mémoire les événements d’Hiroshima et de Nagasaki ainsi que d’autres événements de la Guerre froide qui ont fait prendre conscience des horreurs que pourrait causer une conflagration nucléaire. Il va s’appuyer sur cette histoire pour que les jeunes focalisent leur attention sur la nécessité de procéder au désarmement nucléaire de la planète.

- Quelle est la principale menace nucléaire?

- Une guerre nucléaire entre deux puissances qui détiennent l’arme atomique est beaucoup moins probable que le risque de voir du matériel nucléaire ou radiologique tomber dans les mains de terroristes. Un tel cas de figure aurait de graves conséquences pour la sécurité et la stabilité du monde. Pour Barack Obama, c’est la principale menace nucléaire à laquelle nous sommes confrontés. Il y a urgence d’agir.

- On dit qu’il y a des milliers de tonnes de matériel nucléaire dont on aurait perdu la trace…

- Le sommet sur la sécurité nucléaire organisé par les Etats-Unis a beaucoup contribué à améliorer la protection, la gestion et le contrôle de tels matériels à travers le globe. Par rapport à il y a huit ans, les standards internationaux sont désormais beaucoup plus observés par les Etats qui s’appliquent à mettre à jour leurs lois et procédures nationales. Mais il y a encore beaucoup de travail.

- La Corée du Nord reste néanmoins une sérieuse menace

- La Corée du Nord est depuis longtemps une menace. Depuis janvier de cette année toutefois, elle est vraiment sur une mauvaise trajectoire. C’est le seul pays ayant procédé à des tests nucléaires au XXIe siècle. Elle a aussi réalisé plusieurs tests de missiles. Il ne fait aucun doute: Pyongyang continue de développer des missiles de longue portée capables d’atteindre les Etats-Unis. Nous sommes très inquiets. Mais point positif: le Conseil de sécurité de l’ONU (la résolution 2270) a pu adopter une résolution ferme (2270).

Les Chinois nous ont rejoints dans cet effort au même titre que d’autres Etats dont la Russie. J’ai récemment parlé à mes homologues chinois. Ils m’ont confirmé qu’ils travaillaient avec l’organisme en charge des exportations en Chine pour s’assurer que la mise en œuvre de la résolution est prise très au sérieux. Je crois qu’il y a un vaste consensus pour continuer à exercer de fortes pressions sur les Nord-Coréens pour les ramener à la table de négociation et permettre une dénucléarisation de la péninsule coréenne.

- Le risque de prolifération nucléaire a-t-il diminué depuis l’entrée en vigueur de l’accord sur le nucléaire iranien?

- Avec le Plan d’action global commun (PAGC) adopté par le Conseil de sécurité, nous avons été capables de commencer à guérir une profonde blessure. L’Iran est un Etat partie au Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Mais en développant, comme nous le croyons, du matériel fissile dans le but de se doter de l’arme nucléaire, il a sérieusement bafoué le TNP. La mise en œuvre de l’accord se déroule sans problème, de façon pragmatique. Pour nous, l’accord et la volonté des Iraniens de l’appliquer sont une bénédiction pour le Traité de non-prolifération. Mais il y a encore beaucoup à faire.

Les Chinois sont actuellement en train d’aider à convertir le réacteur à eau lourde d’Arak en réacteur de recherche. Les Russes coopèrent avec les Iraniens pour s’assurer qu’ils ne reconstituent pas des stocks de matériel fissile. Les Etats-Unis veillent à maintenir des sanctions là où elles demeurent nécessaires et allègent celles qui sont en lien avec le PAGC. L’équilibre à trouver est difficile. Mais l’accord renforce l’ordre international. Le défi est de surveiller le processus pendant les quinze ans que dure l’accord.