états-Unis

Barack Obama veut lancer des frappes contre la Syrie

Le président américain ne veut toutefois pas court-circuiter le législatif. Il demande au Congrès de lui donner son feu vert à partir du 9 septembre prochain

Dans la Roseraie de la Maison-Blanche samedi en début d’après-midi, Barack Obama avait l’air grave. Convaincu que le régime de Bachar el-Assad a perpétré la pire attaque chimique contre sa propre population le 21 août dernier dans la Ghouta orientale, le président américain a jeté les dés. L’Amérique, à ses yeux, ne peut pas laisser impunie une violation aussi grave du droit international et du droit humanitaire. Il est prêt à lancer des frappes «de durée et d’ampleur limitée » contre Damas. Mais face à une opinion publique américaine fatiguée par deux guerres et hostile à un nouvel engagement militaire d’envergure et au vu du refus du parlement britannique de se joindre à une possible coalition, Barack Obama a jugé nécessaire de consulter le Congrès. «C’est une affaire grave. Il ne s’agit pas ici de simples affaires courantes », a-t-il déclaré. Une attaque pourrait ainsi être lancé dès «demain, dans une semaine ou dans un mois », a-t-il ajouté.

La Maison-Blanche a estimé que l’attaque chimique du 21 août dernier représentait un danger pour « la sécurité nationale et internationale ». Les voisins de la Syrie et alliés de l’Amérique dont Israël, la Jordanie, le Liban ou encore la Turquie pourraient être menacés par de telles armes. Pour le président, qui a refusé pendant près de deux ans et demi d’intervenir dans la guerre civile syrienne, dont les répercussions se font sentir dans toute la région, Bachar el-Assad a franchi le seuil de l’immoralité. Ne pas intervenir face à cet « indicible outrage », ne pas sanctionner un dictateur qui est prêt à gazer plusieurs centaines de ses concitoyens, dont 400 enfants, c’est ouvrir la porte à toutes les dérives. C’est surtout mettre en danger tous les mécanismes internationaux qui ont été mis en place pour interdire l’utilisation d’armes de destruction massive (biologiques, nucléaires, chimiques).

«Il en va de la responsabilité des nations de défendre le droit des individus de vivre en pays. » Barack Obama a précisé que l’enjeu ici n’était pas sa présidence, mais les Etats-Unis. «Je n’ai d’ailleurs pas été élu pour éviter les décisions difficiles », a-t-il déclaré.

Devant la Maison-Blanche, du côté de la Pennsylvanie Avenue, des centaines de manifestants dotés de banderoles disant «Pas de guerre en Syrie » protestaient pour inciter la Maison-Blanche à renoncer à l’usage de la force. Un usage qui violera sans aucun doute le droit international, les Etats-Unis n’ayant pas l’aval (improbable) du Conseil de sécurité des Nations unies en vertu du chapitre VII de la charte de l’ONU. «Nous ne pouvons pas attendre le feu vert du Conseil de sécurité qui est complètement paralysé », estime Barack Obama.

En demandant l’aval du Congrès, Barack Obama entend impliquer tous les acteurs. Face aux critiques qui le voyaient déjà engager militairement l’Amérique seul, il a choisi l’option la plus inclusive, contrairement à ce qu’il avait décidé pour l’intervention en Libye aux côtés des Français et des Britanniques au printemps 2011. Alors qu’il était candidat à la Maison-Blanche en 2007, le démocrate avait confié au Boston Globe que d’un point de vue constitutionnel, le président n’a pas le droit de mener des frappes aériennes contre un autre pays sans l’autorisation du Congrès.

A observer le vote du parlement britannique, il n’est pas sûr non plus que le président obtienne le feu vert du Congrès qui s’est montré très rétif ces derniers temps à une intervention en Syrie, à l’exception de faucons de la trempe du républicain John McCain. Les observateurs s’interrogent aussi ce qu’il adviendrait si Bachar el-Assad procédait à une nouvelle attaque chimique avant que le Congrès ne débatte des frappes, à partir du 9 septembre prochain.

La décision d’intervenir militairement n’a pas été facile pour la Maison-Blanche. Mais face au risque de décrédibiliser les mécanismes internationaux pour prévenir l’usage d’armes de destruction massive et de perdre toute crédibilité face aux Iraniens et à leur programme nucléaire, le président a jugé bon de franchir le pas. Une hypothèse que le Prix Nobel 2009 n’avait d’ailleurs pas exclu dans son discours de lauréat tenu à Oslo.

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