Barils d’explosifs, armes de terreur

Qu’importent le contenant et son contenu, l’enjeu est que les projectiles soient les plus meurtriers possible, qu’ils blessent en inscrivant des souffrances durables dans les chairs et que les survols des hélicoptères qui les larguent soient synonymes de terreur pour les populations civiles. Mardi, John Kerry, le secrétaire d’Etat américain, a assimilé le recours par l’armée syrienne aux barils d’explosifs à un «acte de barbarie», au même titre que la torture de masse, l’arme chimique ou les famines imposées aux quartiers assiégés.

Les premières vidéos attestant de l’usage de barils d’explosifs remontent à l’été 2012. Largués quasi quotidiennement depuis le mois de décembre pour «nettoyer» les zones rebelles de la ville d’Alep, ces armes, à ranger dans la catégorie des engins explosifs improvisés, aisés à concevoir et peu coûteux, se sont imposées ces dernières semaines comme l’équipement de prédilection de la défense aérienne syrienne. D’après l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), largués en masse le week-end passé sur l’est d’Alep, ces engins ont tué au moins 121 personnes, le bilan le plus lourd depuis les raids du 15 décembre dernier, et poussé de nombreux civils à l’exode.

Porte métallique

«Ils existent sous toutes les formes, des barils de pétrole aux bombonnes de gaz. J’ai même vu une porte métallique pliée comme un triangle», détaille Mark Hiznay, chercheur de la Division armement chez Human Rights Watch à Washington. Bourrés d’un mélange de clous ou de fragments de métal et d’explosif (du TNT, le plus souvent), ils sont équipés de systèmes de mise à feu les plus artisanaux avant d’être manuellement lancés hors des hélicoptères. «Un réveil suffit, ou une mèche qu’une cigarette allume, au risque de celui qui y met feu», poursuit le spécialiste.

L’acquisition par les rebelles de systèmes de défense antiaérienne portables (Manpads) a poussé l’armée syrienne à revoir sa stratégie et à renoncer aux largages à basse altitude qui assuraient initialement à ses tirs un minimum de précision. «Depuis que les barils sont largués à haute altitude, les points d’impacts sont devenus aléatoires», relève sur son blog le spécialiste des questions d’armement, Richard M. Lloyd.

«A ma connaissance, aucune armée officielle n’a jamais recouru à ce type de procédés», indique Patrice Bouveret, le directeur de l’Observatoire des armements, à Lyon. «Leur usage totalement indiscriminé et disproportionné est en contravention totale avec le droit international humanitaire. Il relève du crime de guerre», poursuit-il.

Il est difficile d’établir les raisons pour lesquelles le recours aux barils d’explosifs s’est à ce point généralisé ces dernières semaines. D’après Mark Hiznay, il pourrait signifier que le régime est à cours de bombes conventionnelles ou qu’il veut préserver son stock pour d’autres cibles. «L’autre hypothèse, dit-il, est que l’armée ne parvient plus à s’approvisionner en munitions, faute de pouvoir les convoyer dans le pays.»