MÉDIAS

Avec son baromètre des insultes de Trump, le «New York Times» soigne ses abonnés

Nombre d’insultes par jour, groupes pris pour cible, évolution dans le temps: le grand quotidien de New York s’est fait une spécialité de l’analyse des tweets du prochain président des Etats-Unis et soigne son lectorat anti-Trump

Depuis l'élection de Donald Trump le 8 novembre 2016, le «New York Times» gagne 10 fois plus de nouveaux abonnés chaque semaine. Son PDG, Mark Thompson, évoque de plus de 200 000 abonnés gagnés depuis 2016. Des pics de 10 000 souscriptions sont observés certains jours, relève le site «Politico». Explication de ce succès? «La sagesse populaire nous dit que ces nouveaux clients sont choqués par l'issue du scrutin et sont inquiets des fausses nouvelles propagées sur Facebook», signale «Fortune».

Alors, pour continuer à surfer longtemps sur le choc provoqué par l'élection du trublion Donald Trump, le grand quotidien réputé pour son sérieux a lancé le 6 décembre son insultomètre, analysant qui est la cible des tweets du président élu.

Des insultes stratégiques

Montrant l'évolution des insultes depuis juin 2015, l'outil dépasse le stade de la blague de collégien par les tendances qu'il met en évidence.

Les deux journalistes préposés à l'exégèse du discours trumpien sont catégoriques: non, le républicain ne tweete pas sans réfléchir. Ses outrances répondent à une stratégie établie: «Il identifie des cibles prioritaires et les attaque jusqu'à ce qu'elles ne le menacent plus suffisamment.» Le graphique est clair: jusqu'en mars 2016, Trump cible ses collègues de parti. Une fois ceux-ci hors course, il attaque ses adversaires démocrates et, depuis l'issue du scrutin, il s'en prend prioritairement aux médias.

Apaisement présidentiel en vue?

Une fois en fonction, le prochain président des Etats-Unis continuera-t-il à utiliser Twitter d'une manière aussi radicale? Si les journalistes du «New York Times» ne peuvent répondre à cette question, rien ne semble indiquer un fléchissement dans la rudesse des attaques ni le nombre de messages jugés insultants. Sur ce point, les Américains semblent plus sensibles que les Européens. Le samedi 3 décembre, son tweet adressé à l'émission de télévision «Saturday Night Live» et reprochant une couverture biaisée est ainsi considéré comme «insultant» selon l'analyse du «New York Times»:

A lire:«Ceci n’est pas un tweet trumpien», sur le blog de notre correspondante à New York, publié suite à la publication du message ci-dessus.

Un «flot de base»

Hors de ses cibles clairement identifiables, Donald Trump insulte aussi à tout va. En réponse à un événement. En réaction à un article critique. Ou juste dans «une simple pensée en l'air» (l'expression est du «New York Times»), comme cette réaction à l'«aspect étrange du bureau ovale»: 

Les médias, principale source de mécontentement actuel de Donald Trump si l'on en croit son compte Twitter, sont d'abord ciblés dans leur ensemble — alors que, au cours de la campagne, des journalistes ou des titres étaient cités nommément.

Le «New York Times» promet de mettre à jour son graphique et d'actualiser son analyse sur une base mensuelle. Reste à voir si l'investissement consenti par les équipes de «Upshot», la rubrique consacrée au datajournalisme et à la visualisation de données du quotidien, sera rentabilisé sur les quatre prochaines années. Mais à cela, seul Donald Trump peut répondre.

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