Le Front national demeure en France un parti isolé, sans grande réserve de voix: tel est, à l’issue du second tour, la principale leçon d’un scrutin que la dramatisation due aux attentats du 13 novembre avait contribué à «nationaliser». Les candidats FN, dimanche, se sont en effet retrouvés seuls. La seule option pour Marine Le Pen, d’ici la présidentielle 2017, consiste donc à «normaliser» encore davantage son parti et à le faire accepter dans la réalité locale, grâce aux centaines de conseillers régionaux qui prendront leurs fonctions dans les prochains jours. L’ancrage local frontiste, ne l’oublions pas, va se trouver démultiplié par ce scrutin, après la dizaine de villes conquise en 2014, et le bon score aux départementales de mars 2015.

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Ce barrage anti-FN, qui a parfaitement fonctionné hier, est lui porteur d’une autre leçon: la meilleure arme de la gauche pour convaincre ses électeurs déçus par le quinquennat de François Hollande reste… la peur de l’extrême-droite. Les chiffres sont de ce point de vue éloquents: sans le report des voix du PS et de ses alliés sur ses candidats, le parti de Nicolas Sarkozy aurait eu, dans les régions ou il affrontait le FN en duel, beaucoup plus de difficulté à l’emporter. L’on peut être sûr qu’à l’Elysée, François Hollande saura en tirer les conclusions en bon élève de François Mitterrand qui, jadis, a joué la même carte anti-FN.

Oublié, le fait que 24% seulement d’électeurs souhaitent le voir se présenter en 2017. Fort du succès de la COP 21 samedi et résolu à incarner la «France en guerre contre le terrorisme», le président Français va sans doute, dans les prochains mois, tout faire pour consolider ce barrage. Avec un danger: celui d’ignorer la colère des 30% de français favorables au FN, et d’oublier un tripartisme FN-Droite-Gauche que la logique majoritaire de la Vème République continue de refuser. Au risque de l’exacerber.