Rendez-vous le 16 septembre à Strasbourg. Comme l’on s’y attendait depuis les auditions, mercredi, de José-Manuel Barroso par les différents groupes politiques du parlement européen, les eurodéputés voteront la semaine prochaine sur sa reconduction, ou non, pour un second mandat de cinq ans à la tête de la Commission européenne.

Ce scrutin s’effectuera selon les règles de l’actuel Traité de Nice, soit à la majorité simple des eurodéputés présents. L’idée, avancée par les Verts et une partie des socialistes, de repousser ce vote d’investiture après le référendum irlandais du 2 octobre sur le Traité de Lisbonne, pour tenir compte du changement institutionnel à venir, a finalement été écartée. Monsieur Barroso, fort du soutien des conservateurs et des libéraux, réclamait un vote rapide pour éviter toute vacance de pouvoir à la tête de l’UE en fin d’année, alors que le mandat de l’actuelle Commission européenne s’achève le 31 octobre. Son argument de la continuité a porté.

Cette décision sonne comme une victoire pour l’ancien Premier ministre portugais, chahuté depuis les élections européennes du 7 juin et accusé d’avoir manqué de réactivité face à la crise financière mondiale. Outre le rejet d’un report du vote en fin d’année, préconisé par le co-président du groupe des Verts Daniel Cohn-Bendit, l’idée d’une seconde consultation selon les règles du futur Traité de Lisbonne (majorité absolue des eurodéputés requise) a aussi été écartée.

Seul candidat en lice, soutenu par la droite majoritaire à l’Europarlement et fort du soutien unanime des 27 chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne, M. Barroso semble donc assuré de l’emporter le 16 septembre, même si tous les regards vont se porter sur son score. Une victoire «étriquée», due au seuls votes de la droite, avec qui plus est l’appui des conservateurs anglais eurosceptiques, l’empêcherait sans doute d’être le «rassembleur» qu’il a affirmé mercredi vouloir être lors de ses auditions devant les groupes politiques. José-Manuel Barroso, mis sur le grill par les Verts qui sont les plus opposés à sa reconduction, a entre autres promis de réfléchir à l’idée de nommer un Commissaire européen pour le changement climatique, afin d’assurer le suivi de la conférence internationale de Copenhague en décembre.

Les socialistes, seconde formation politique de l’Europarlement, mais battus aux dernières élections et divisés sur la personnalité de M. Barroso (soutenu notamment par les Portugais, les Espagnols et les Anglais) vivront un moment difficile la semaine prochaine à Strasbourg. D’autant que le président sortant de la Commission européenne a tout fait, mercredi, pour se démarquer de cette image «libérale» qui lui colle à la peau et qui lui vaut par exemple beaucoup de défiance en France. «Je suis avant tout un réformateur du centre et un rassembleur» a-t-il asséné, se montrant en forme et ouvert au débat, y compris sur son passé assumé d’étudiant maoïste. «Mon parti politique, c’est l’Europe» a-t-il complété, tout en affichant ses divergences avec ses détracteurs sur la controversée politique de concurrence communautaire. «Je maintiendrai coûte que coûte la ligne de défense intégrale du marché intérieur» a ajouté M. Barroso.

Les chefs d’Etat et de gouvernement des 27, qui avaient anticipé le vote d’investiture, se réuniront le 17 au soir pour un dîner informel à Bruxelles. Officiellement, cette rencontre se focalisera sur le sommet à venir du G20 de Pittsburgh et la crise économique. Mais cette convocation devrait, compte tenu de la réélection attendue de M. Barroso, constituer la rentrée politique européenne, deux semaines avant le redouté second référendum irlandais sur le Traité de Lisbonne. En juin 2008, les électeurs irlandais avaient rejeté le texte, plongeant l’UE dans une cacophonie institutionnelle. S’ils disent oui cette fois, comme l’annoncent les sondages, la route sera ouverte pour une refonte des institutions avec la création, notamment, d’un poste de président du Conseil européen élu pour deux ans et demi, et d’un Haut représentant pour la politique étrangère aux pouvoirs étoffés.

L’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne doit intervenir trois mois après le dépôt des derniers «instruments de ratification» par les 27 pays de l’UE. Or quatre doivent à ce jour encore le faire: l’Allemagne, en raison des modifications législatives en cours requises par sa Cour constitutionnelle, l’Irlande qui attend le référendum, la République tchèque dont le président eurosceptique Vaclav Klaus fait de la résistance et jure de saisir à nouveau sa Cour constitutionnelle, et la Pologne, dont le président Lech Kaczynski, lui aussi eurosceptique, a promis de signer si les Irlandais votent oui.

La reconduction de M. Barroso reste néanmoins un chemin politique miné pour l’intéressé, comme l’ont montré, en début de semaine, les rumeurs sur la prétendue candidature du Premier ministre français François Fillon à la tête de la Commission. Une des incertitudes porte notamment sur la taille de la future Commission, chaque Etat membre ne disposant plus d’un poste de commissaire, selon l’actuel traité de Nice. Ce dont discuteront les leaders de l’UE le 17 septembre à Bruxelles. «La nomination des futurs commissaires, choisis par les Etats, sera une autre rude bataille» confie un de ses proches conseillers.