Suisse

La base arrière genevoise d’un oligarque ukrainien

L’oligarque ukrainien Igor Kolomojski, qui gère son empire financier depuis Genève, souhaite que son forfait fiscal et son permis de séjour en Suisse soient renouvelés. Mais l’homme d’affaires est aussi gouverneur d’une province ukrainienne.

L’un des hommes les plus riches de la tourmentée Ukraine, Igor Kolomojski ne donne pas volontiers d’interview. S’il a reçu le Tages-Anzeiger à Genève, c’est qu’il avait une bonne raison de le faire. En effet, les autorités suisses doivent se prononcer ces jours sur le renouvellement du forfait fiscal ainsi que du permis de séjour de l’oligarque ukrainien, révèle lundi le journal alémanique.

Genève sert de base arrière à Igor Kolomojski. Il y vient depuis 1995, précise-t-il aux journalistes du Tagi. Son épouse et ses enfants résident au bout du lac. Sa fille y a fait ses études, s’est mariée et a même obtenu la nationalité suisse. La famille dispose d’un appartement avec vue sur le lac au quai Wilson et, selon des médias français, a acheté une propriété à Anthy-sur-Léman, sur la côte française.

Mais l’homme d’affaires passe-t-il autant de temps à Genève qu’il le prétend? Car l’oligarque est depuis le mois de mars gouverneur de la province de Dniepropetrovsk, dans l’est de l’Ukraine. Le poste lui a été proposé par le nouveau pouvoir à Kiev. Il l’a accepté «pour empêcher que d’autres régions soient arrachées à l’Ukraine», dit-il. Les mauvaises langues disent qu’il est encore plus riche depuis sa nomination. Sa fortune se situerait, selon les sources, entre 3 et 6 milliards de dollars. Il possède Privat Bank, la plus grande banque d’Ukraine. Le groupe homonyme contrôle des compagnies aériennes et est actif dans le gaz, la chimie ou la métallurgie.

Pas de menace sur le forfait fiscal

Le renouvellement du forfait fiscal d’Igor Kolomojski, comme l’affirme le quotidien zurichois, pose-t-il problème au vu de la nouvelle fonction politique qu’occupe l’Ukrainien? Henri Roth, secrétaire général adjoint au département genevois des finances, n’y voit «a priori» aucune incompatibilité, rappelant que le nombre de jours que passe l’intéressé en Suisse n’est pas déterminant, si le principal «centre d’intérêts» de ce dernier demeure dans le pays. «Seul un domicile fictif pourrait mettre en péril le renouvellement d’un forfait. Or, avoir sa famille qui habite à Genève ou ses enfants qui y sont scolarisés suffit à écarter ce cas, commente l’avocat Philippe Kenel, spécialiste du droit fiscal. L’un des risques est que le pays étranger (ndlr: l’Ukraine dans le cas présent) considère, en raison de l’activité (politique donc lucrative, ndlr) que ce dernier a un domicile fiscal dans ce pays.»

Manière forte contre les séparatistes

Au contraire du Donbass voisin, la province de Dniepropetrovsk n’est pas tombée aux mains des séparatistes pro-russes. Pour cela, le nouveau gouverneur, qui compare le président russe Vladimir Poutine à Adolf Hitler et est persuadé que la récupération de la Crimée passera par l’effondrement de la Russie, a employé la manière forte. Il a payé des primes pour quiconque arrêterait des militants pro-russes ou saisirait leurs armes. Il aurait aussi financé à hauteur de 10 millions de dollars le bataillon de Dniepropetrovsk, une unité de volontaires chargés de défendre la région. «Mais je n’ai pas mis d’argent dans l’armée ukrainienne», précise-t-il. Selon le Tages-Anzeiger, les autorités helvétiques veulent être sûres que l’oligarque ne finance pas la guerre dans l’est de l’Ukraine depuis la Suisse.

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