Quelques crabes, des cailloux, une ou deux épaves sûrement, mais surtout du pétrole. Le fond des mers regorge de ressources sur lesquelles lorgnent les Etats depuis longtemps. Leur souveraineté maritime, pour l'heure, ne va pas au-delà de 200 milles des côtes (300km environ). La Convention des Nations unies sur le droit de la mer, signée en 1982, est en train de changer la donne. Le texte permet aux pays d'augmenter leur espace jusqu'à 350 milles, à condition de prouver que le plateau continental s'étend jusque-là.

«Nous devons démontrer que le sous-sol marin est le prolongement naturel de notre territoire, explique Walter Roest, responsable des études préliminaires pour la France. Parfois, c'est évident, la mer passe soudain de 200 mètres de profondeur à 5000 et l'on sait alors que l'on quitte le plateau pour les grands fonds sous-marins. Parfois des couches superposées et autres volcans effondrés empêchent de trouver spontanément la limite entre les deux.» Depuis 2003, une dizaine de scientifiques français travaillent à temps plein sur la question, sondant le fond des océans et analysant sans relâche les roches qui le composent. L'Hexagone a déjà déposé deux demandes de reconnaissance auprès des Nations unies, la première concernant la Guyane et la Nouvelle-Calédonie, la deuxième pour le golfe de Gascogne, conjointement avec l'Irlande, la Grande-Bretagne et l'Espagne.

L'équipe de Walter Roest a encore une année pour constituer d'autres dossiers. Une fois la convention ratifiée, chaque Etat dispose d'une décennie pour peaufiner ses revendications. A terme, l'Hexagone pourrait accroître sa souveraineté maritime d'environ un million de km2. Avec près de 11millions de km2, le pays se trouve déjà au deuxième rang mondial derrière les Etats-Unis. Pour l'heure, une dizaine de demandes ont été émises au total, du Brésil, de Nouvelle-Zélande ou encore de Russie. Seule l'Australie a déjà obtenu un feu vert, pour une surface de 2,5 millions de km2. Malgré cet agrément, une déclaration officielle auprès des Nations unies est encore nécessaire au contrôle effectif de la surface.

Comme la zone d'exploitation exclusive (ZEE), qui s'étend des eaux territoriales - partie intégrante du territoire national - aux 200 milles de la côte, le plateau permet l'usage du sol et du sous-sol. Le droit de pêche, en revanche, s'arrête aux ZEE.

Autre différence, les revenus dégagés des ZEE reviennent en intégralité aux Etats, tandis que ceux des plateaux continentaux sont en partie reversés à un fonds des Nations unies - de 1 à 7% selon les années d'exploitation.

«L'enjeu, pour l'instant, est une promesse pour le futur, admet Walter Roest. Nous n'avons pas les connaissances suffisantes pour savoir exactement ce qui se trouve dans ces sous-sols, ni les techniques pour l'exploiter.» Mais la pression démographique, l'épuisement des ressources et le prix du pétrole incitent cependant les Etats à avancer leurs pions. «Cette phase d'exploration, financée par le gouvernement, est seulement destinée à obtenir l'accord de l'ONU sur les zones revendiquées. Ensuite suivra une autre période de recherche, beaucoup plus conséquente en termes de moyens, afin de sonder réellement les fonds marins et de voir ce qui s'y cache. Celle-ci pourrait être financée par des compagnies pétrolières», relève encore Walter Roest.

«On a quand même une assez bonne idée des richesses enfouies au fond des mers, argue de son côté le Suisse Lucius Caflisch, membre de la Commission du droit international de l'ONU. Et l'objectif est clairement le pétrole.»

Une autre ressource, moins attendue que l'or noir, semble susciter les convoitises. «Enfermés dans des colonnes d'air chaud, des organismes biologiques remontent du ventre de la Terre vers les océans. Ils passionnent les laboratoires pharmaceutiques car aucun organisme vivant n'avait jusque-là survécu à des températures aussi extrêmes», souligne Jean-Pierre Cot, juge au Tribunal international du droit de la mer, à Hambourg. La bataille des océans ne fait que commencer.