Plusieurs milliers de Serbes du Kosovo ont manifesté mardi dans la ville divisée de Mitrovica contre la barrière douanière imposée par Pristina aux produits importés de Serbie. «Nous n’avons pas de médicaments!», «Stop à la violence de Pristina!», «Des droits de douane de 100% nous poussent dans des ghettos!», pouvait-on lire sur des pancartes.

Les maires de quatre municipalités serbes du Kosovo – Mitrovica, Zvecan, Leposavic et Zubin Potok – ont démissionné pour protester. Ces droits ont été imposés le 22 novembre après le refus d’Interpol d’accepter l’adhésion du Kosovo, rejet dont Pristina impute la responsabilité à Belgrade.

Lire aussi:  Le président serbe parade au Kosovo

Bruxelles et Washington ont demandé l’annulation de ces mesures douanières, mais le Premier ministre Ramush Haradinaj a prévenu qu’elles resteraient en vigueur tant que la Serbie ne reconnaîtrait pas l’indépendance de son ancienne province, majoritairement peuplée d’Albanais.

Mitrovica zone de tensions

Les quelque 120 000 Serbes restés au Kosovo après la fin de la guerre de 1998-99 sont fidèles à Belgrade, et le Kosovo peine à imposer sa souveraineté dans les zones où ils vivent, notamment dans la région de Mitrovica, théâtre de fortes tensions.

Les mesures douanières n’ont pour le moment pas entraîné de pénurie ou d’importantes hausses de prix, mais l’hôpital de la partie serbe de Mitrovica a prévenu qu’il ferait bientôt face à une pénurie de médicaments et d’oxygène. Son directeur Milan Ivanovic a dénoncé devant les manifestants une volonté de «priver de pain et de médicaments» les Serbes du Kosovo.

Deux camions autorisés à entrer

«Tout est fait pour nous chasser», dénonce une manifestante de 65 ans, Slavka Djuric, tandis que Stevica Jankovic, 32 ans, appelle de ses vœux l’érection de «barricades». «Que ROSU (les forces spéciales de la police albanaise) vienne alors!» lâche le jeune homme.

Depuis la mise en œuvre de cette barrière douanière, seuls deux camions sont entrés en provenance de Serbie et de Bosnie, également concernée, a indiqué à l’AFP le porte-parole des douanes kosovares Adriatik Stavileci.

Lire aussi:  Un manuel de géo omet aussi le Kosovo

Selon l’office kosovar des statistiques, la Serbie exportait jusqu’ici au Kosovo pour plus de 400 millions d’euros par an, principalement des produits alimentaires, consommés par les Serbes du Kosovo mais aussi par les Kosovars albanais.

Les relations entre Serbie et Kosovo sont exécrables. Le président Hashim Thaçi a confirmé mardi sur son compte Facebook sa volonté de doter d’ici un an le Kosovo d’une armée, ce que la Serbie rejette.

Assurant que cela n’était pas «lié à une quelconque menace ou inquiétude», la Kfor, la force internationale qui assure la sécurité du Kosovo, a annoncé «des exercices dans le nord du Kosovo dans les prochains jours».