Les Romains s’apprêtent à mettre un terme à une période critique pour leur ville. Une série de scandales liés à la mafia et à la mauvaise gestion de la capitale italienne a mené à la destitution du maire Ignazio Marino, l’an dernier. Plusieurs candidats se disputeront sa succession lors du premier tour des élections municipales, dimanche. Le nouvel élu aura la lourde tâche de redresser une cité dont les rues salies par les ordures et le chaos dans les transports publics exaspèrent les habitants.

En octobre dernier, plus de la moitié des conseillers communaux démissionnent. Ignazio Marino, le maire PD (Parti démocrate, centre gauche), est déchu de sa fonction, plus de deux ans après le début de son mandat. La Ville éternelle est depuis lors dirigée par un commissaire extraordinaire choisi par le gouvernement de Matteo Renzi. Fort du succès de l’Exposition universelle de Milan, le préfet de la capitale lombarde, Francesco Paolo Tronca, est devenu le nouvel homme fort de Rome.

Les scandales et les situations d’urgence auxquels il fait face sont nombreux. La grève des éboueurs est la dernière crise qu’affronte le commissaire. Depuis lundi, les employés d’AMA, la société publique gérant la récolte des déchets dans la capitale, protestent contre le blocage du renouvellement de leur contrat. Vendredi encore, certains habitants de la périphérie romaine, exaspérés par l’odeur nauséabonde des ordures délaissées, ont mis feu à des conteneurs.

L’entreprise romaine, au bord de la faillite, est l’un des nombreux acteurs de Mafia Capitale, l’affaire ayant dévoilé les liens entre le crime organisé et les institutions publiques. Son directeur est soupçonné d’être l’homme de paille du principal clan mafieux de Rome.

Le scandale éclate fin 2014. L’opération «Terre du Milieu» permet l’arrestation d’une quarantaine de personnes pour association mafieuse. Quelque 200 millions d’euros ont été saisis. La justice et les forces de l’ordre découvrent ainsi ce «monde du milieu» où se croisent les intérêts de criminels, d’entrepreneurs et de politiques. Massimo Carminati est à la tête de ce monde jusqu’alors dissimulé. Il utilise l’extorsion, l’usure et l’intimidation pour fausser des appels d’offres et attribuer des contrats publics selon son bon vouloir. Le «maxi-procès» s’est ouvert en novembre dernier.

Le seul à avoir résisté aux pressions mafieuses est Ignazio Marino, le maire d’alors. Les criminels le considéraient comme une digue «désastreuse» à leurs affaires illégales, selon l’enquête du Parquet de Rome. Une affaire de notes de frais injustifiées aura finalement raison de lui.

Rome a évité la dissolution pour association mafieuse. Ce n’est pas le cas de l’une de ses mairies de quartier: Ostie, le port de la capitale, est considéré comme l’épicentre de la mafia romaine. Cette municipalité du bord de mer est aujourd’hui paralysée. Aucun des 55 postes d’employés municipaux proposés par la commission extraordinaire désignée pour gérer Ostie n’a été pourvu, comme le rapporte le Corriere della Sera début mai.

La mauvaise gestion de la ville découlant du scandale se répercute aussi sur les transports publics. Sur les 2281 bus dont dispose Rome, un millier est à l’arrêt tous les jours. Ceux qui roulent sont délabrés. Mercredi matin, dans le centre-ville, l’un d’eux a pris feu. Aucun passager n’a été blessé. Une surchauffe ou une perte d’huile auraient provoqué l’incendie et la destruction du véhicule. La presse romaine se fait régulièrement l’écho de ce genre de faits divers.

Enfin, il y a les épisodes plus discrets du quotidien romain: des goélands dévorant des pigeons ou éventrant des sacs-poubelles dans la rue; les fortes pluies inondant le métro; les structures publiques vandalisées. Sur les réseaux sociaux, Roma fa schifo («Rome est dégoûtante») se fait l’écho tous les jours du mécontentement des habitants. Les citoyens ont été invités le 12 mars dernier lors de la manifestation Wake Up Roma à «se réapproprier les espaces communs» en nettoyant les rues et les façades. Avec succès. L’organisateur était «Retake Roma», un mouvement engagé dans «la lutte contre la dégradation urbaine et pour la revalorisation des biens publics».

Redorer l’image ternie de la capitale italienne est le programme commun de tous les candidats des élections de dimanche. Ils mettent l’accent sur l’amélioration des services de base aux citoyens, mais les Romains ne les ont pas attendus pour reprendre eux-mêmes leur ville en main.