Au quatrième jour de l'offensive lancée contre Falloujah par les forces américaines épaulées par des troupes irakiennes, la principale certitude – attendue – est que ce sont les assaillants qui maîtrisent l'information. Selon les responsables de l'armée américaine, les Marines impliqués dans l'opération ont conquis les deux tiers du bastion sunnite et seraient en mesure d'en prendre le contrôle total d'ici à samedi. Le chef d'état-major interarmées, le général Richard Myers, affirme que «des centaines et des centaines d'insurgés» auraient été «tués ou capturés», sans qu'un bilan plus précis ne soit articulé. Le nombre d'insurgés lui-même demeure à ce jour des plus flous: entre un millier et 3000, selon différentes sources. Côté américain, 18 soldats ont été tués et 69 autres blessés, selon le commandement US.

Quant au sort du Jordanien Abou Moussab al-Zarkaoui, dont la capture était l'une des raisons invoquées pour déclencher l'assaut, il reste totalement inconnu. Seule une poignée de combattants étrangers ont été capturés, selon le commandant irakien de l'opération, qui a reporté à plus tard l'annonce de chiffres précis. Beaucoup se seraient en revanche éclipsés avant le début de l'opération.

Seule certitude, prévisible, parmi les informations de source essentiellement américaine: l'intensité des combats, reconnue par les militaires américains eux-mêmes, mais qui en atténuent néanmoins la portée en parlant de «poches de résistance». Les Marines et leurs supplétifs irakiens font face à des snipers et à des actions de retardement qui les contraignent à des fouilles maison par maison longues et fastidieuses. Selon le correspondant de la BBC sur place, ils auraient même été obligés d'abandonner l'hôpital dont ils s'étaient emparé samedi soir. Face à ces actions de harcèlement, l'armée américaine a eu recours à des bombardements aériens intensifs, visant notamment des mosquées soupçonnées de servir de caches d'armes aux insurgés. Lors d'un de ces bombardements, c'est une clinique qui a été touchée, selon un survivant cité par un journal britannique qui parle d'une vingtaine de médecins et de dizaines de civils tués.

Camps de fortune

Cette bavure laisse craindre que le bilan humanitaire de la reconquête militaire de Falloujah ne s'avère lourd, voire catastrophique si cette reconquête devait durer encore quelques jours. Dans un communiqué, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) se dit «vivement préoccupé» par le sort des civils et demande «à l'ensemble des combattants de prendre toutes les précautions pour épargner la vie et les biens des civils, et de respecter les principes de distinction et de proportionnalité dans toutes les actions militaires». En effet, plusieurs dizaines de milliers d'habitants, sur les 300 000 que compte habituellement Falloujah, sont demeurés dans leur maison et risquent de se trouver très vite à court de nourriture. Quant à ceux qui ont fui avant l'offensive, un grand nombre a trouvé refuge dans des camps de fortune en dehors de la ville, où aucune agence onusienne ne leur vient en aide, l'ONU n'étant plus présente en Irak depuis août 2003.

A ce stade de l'offensive, la question demeure entière de savoir si ses objectifs immédiats – éradiquer l'un des bastions de l'insurrection dans le pays – et politique – préparer les élections de janvier – seront atteints. Sur le plan sécuritaire, les insurgés demeurent en effet très actifs dans le reste du pays, et jusque dans la capitale, Bagdad, théâtre de violences quotidiennes. Rien ne dit donc que les forces américaines, une fois qu'elles auront repris le contrôle de Falloujah, en auront fini avec les insurgés. Sur le plan politique, le soutien des sunnites au processus électoral continue de faire problème. Non seulement ils ont violemment critiqué l'opération de Falloujah, mais certains appellent au boycott des élections. Pour l'un des porte-parole du Comité des oulémas, qui s'exprimait lundi à Bagdad, le scrutin se tiendrait «sur les dépouilles des gens tués dans les villes d'Irak».