«Ils sont facilement reconnaissables à l’accent, même si plusieurs l’ont adapté pour mieux se faire comprendre des patients». «Ils», ce sont les professionnels de la santé venus du Québec, qui travaillent au CHUV, à Lausanne. Le Journal de Montréal a récemment consacré une enquête à la filière suisse pour les infirmières et autres personnels de soins. Au CHUV, ils sont 250 à plein-temps, certains recrutés directement à Montréal, indique le quotidien dans un autre article du dossier: deux agences courtisent les infirmières pour leur suggérer de venir en Suisse. Qu’est ce qui les convainc? «Un salaire qui peut atteindre 90 000$, cinq semaines de vacances payées, logements meublés et postes à temps complet», dit le reporter, mais aussi, selon les témoignages qu’il a recueillis, le «décor féerique de la Suisse» – la montagne, surtout –, la stabilité de l’emploi, la situation au cœur de l’Europe. Et puis, un autre interlocuteur a été «agréablement surpris par l’efficacité suisse», en précisant: «Le CHUV, c’est comme le CHUM qu’on n’a pas (encore) réussi à faire. Au début, j’étais sceptique, mais ça fonctionne bien.»

Toutefois, nombreuses sont celles qui reviennent. Souvent, lorsqu’il est question d’enfants. Dans un complément, le journal cite une jeune maman revenue au pays: «Juste pour la garderie, il n’y a pas de garderies à sept dollars. Là-bas, c’est au prorata du salaire. Ça nous coûtait entre 80 et 120 $ par jour», illustre la mère monoparentale. «Là-bas, il n’y a pas le même support social pour les mères monoparentales. C’est ça qui m’a fait revenir ici», dit la maman qui habite à Longueuil.» «J’ai toujours dit que j’attendrais d’être ici pour avoir des enfants. Il n’y a vraiment pas d’aide de l’État là-bas», estime une autre. Et puis, les conditions de travail ne sont peut-être pas si bonnes que cela, laisse entendre une troisième: «J’avais hâte de revenir, parce que même si j’ai aimé travailler là-bas, je n’ai jamais travaillé aussi fort. On travaillait en sous-effectifs.»

La pénurie en personnel de soins obsède de nombreux pays. C’est à cette occasion que le quotidien montréalais est venu s’enquérir de la situation à Lausanne. La revue d’actualité des radios francophones publiques consacrait récemment son émission hebdomadaire à ce thème (à réécouter sur le site de la RSR, le samedi 13 mars à la fin de «Forum»; nous en donnons ici l’essentiel).

Ainsi, en France, «les quelque 450’000 infirmiers et infirmières ont l’impression d’être les mal-aimés du système de santé», indique le correspondant. Le secteur est même en «perpétuelle rébellion». Certes, «une réforme des études, licence [bachelor, ndlr] et master, les ferait grimper dans l’échelle des salaires de la fonction publique». Mais dans le même temps, la pression des mesures d’économie s’intensifie.

Un petit dossier du «magazine de la santé» de France 5 indique d’ailleurs que «si les infirmières sont en grande majorité fières d’exercer leur métier, elles sont les plus nombreuses, parmi les personnels de santé, à songer régulièrement à l’abandonner. Les raisons le plus souvent évoquées: le manque de soutien psychologique, les conditions de travail et le salaire» – 1500 euros net en début de carrière, 2000 euros à la fin.

En Belgique, indiquait le représentant de la RTBF pour les radios francophones, «syndicats et employeurs négocient depuis décembre, non seulement pour une revalorisation du métier d’infirmière, mais plus globalement, du métier d’aide-soignante, dans les hôpitaux, les maisons de soins et de repos, etc». On envisage ainsi des «primes pour les prestations horaires inconfortables, de soirée et de nuit, et aussi, une mise en valeur des titres et qualifications que certains cherchent à acquérir pour se perfectionner.» Ces démarches concernent environ 100’000 personnes.

La Libre Belgique a précisé les mesures envisagées: «Concrètement, en soirée, l’heure de travail prestée entre 19 et 20 heures sera désormais rémunérée à 120% (135% entre 20 et 21 heures), ce qui peut représenter une amélioration de quelque 350 euros par an pour une personne isolée avec enfant, mais aussi davantage pour d’autres situations familiales. Pour renforcer l’attractivité du métier, des primes annuelles sont prévues pour encourager les formations pointues du personnel.»

Le gouvernement injecte 90 millions d’euros pour ces aménagements, et, fait intéressant, il ajoute 25 millions pour des formations en gériatrie, oncologie et soins intensifs.

Retour au Québec, qui concluait le tour de table des radios. D’abord, une bonne nouvelle: «Un nombre record d’infirmières, depuis 1970, arrivent dans le métier». Mais attention, «ce n’est pas assez. Et la moyenne d’âge n’a jamais été aussi élevée.» C’en est même préoccupant: sur les 70’000 infirmières que compte le pays, «une sur cinq aura pris sa retraite d’ici cinq ans». Pour en retenir quelques-unes, les hôpitaux sortent le chéquier: une prime de 8000 dollars par année «pour convaincre les seniors qui seraient en âge de partir à la retraite, de rester». Et l’on fait «la promotion de la profession chez les jeunes, stratégie qui donne de bons résultats».

Enfin, puisque le Québec emploie peu d’infirmières étrangères – une petite minorité venue de France –, le gouvernement envisage de recruter «au Brésil, au Liban et en Colombie», pays ayant «des programmes de formation qui ressemblent à celui du Québec». Un jour peut-être, verra-t-on un jour un journal libanais venir à Montréal, enquêter sur la filière québécoise…

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