Méditerranée

Les bateaux de sauvetage des ONG écartés par les Européens

Réunis à Bruxelles, les pays de l’Union européenne ont adressé une mise en garde à peine voilée aux bateaux de sauvetage, comme l’Aquarius. L’Italie leur ferme ses ports durant tout l’été

C’est une petite phrase lâchée dans le communiqué final des 28 pays européens réunis vendredi à Bruxelles: «Tous les navires opérant en Méditerranée doivent respecter les lois applicables et ne pas faire obstruction aux gardes-côtes libyens.» Un avertissement clair à la poignée de bateaux d’ONG, qui opèrent en Méditerranée. Ces dernières années, les ONG ont sauvé des milliers de vies, mais sont accusées de faciliter la tâche des passeurs. Cette accusation ne vient pas seulement du nouveau gouvernement italien, auquel participe l’extrême droite, mais est aussi reprise par le président français, Emmanuel Macron. Pourtant, selon les estimations, moins de 10% des sauvetages sont aujourd’hui assurés par ces bateaux. Le plus souvent, ce sont des navires commerciaux qui se déroutent pour porter secours aux migrants.

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Les gardes-côtes souvent de mèche avec les passeurs

Le message des Européens à l’égard des ONG, témoins des conditions effroyables des traversées ainsi qu’en Libye, est aujourd’hui clair: le sauvetage des migrants échoit aux Libyens. Problème: les gardes-côtes sont bien souvent de mèche avec les passeurs, et les migrants ramenés de force dans le chaos libyen retombent dans le cycle infernal de la détention et de l’extorsion. Raison pour laquelle le capitaine du bateau, affrété par l’ONG allemande Lifeline, avait refusé de livrer quelque 200 migrants secourus à la Libye, invoquant le droit international et le principe de non-refoulement. Le bateau, qui a pu finalement débarquer ses passagers mercredi soir à Malte, est menacé de séquestre.

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Interdiction d’accoster

Quelques heures après la fin du sommet européen, le ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, a interdit à tous les bateaux d’ONG d’accoster en Italie pendant l’été, la saison où les tentatives pour rallier la Péninsule sont les plus importantes. Cette mesure est tombée alors que l’Aquarius, le navire de l’ONG SOS-Méditerranée, faisait vendredi escale à Marseille.

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A un millier de kilomètres de là, les gardes-côtes libyens repêchaient les corps d’une dizaine de migrants, dont des bébés. Une centaine de personnes sont portées disparues dans ce énième naufrage.

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