L'interview, dans l'émission Panorama, avait été un choc, en novembre 1995. Pour la première fois, un membre de la famille royale y parlait au Je. Lady Diana évoquait ses problèmes de couple, sa boulimie, l'hostilité de la famille royale à son égard – bien avant une Meghan Markle sur un divan américain chez Oprah Winfrey. 25 ans plus tard, les ondes de cet entretien  continuent de bouleverser le Royaume-Uni.

Les critiques féroces des deux fils de Lady Diana, celles de Boris Johnson aussi, l'émoi dans la presse, dans le public: la BBC est en crise ce vendredi, au lendemain de la publication de l'enquête sur les conditions de cet interview de l'ancien juge de la Cour suprême John Dyson. Celui-ci éreinte l'ex gloire de la BBC et auteur de l'interview, le journaliste Martin Bashir, 58 ans, l'accusant d'avoir utilisé de faux documents pour gagner la confiance du frère de Lady Diana pour avoir accès à la princesse. Accusant aussi la BBC d'avoir manqué d'éthique crasse et de savoir-faire professionnel, plus désireuse d'enterrer le problème en 1996 que de connaître la vérité.

Lire sur ce sujetLa BBC présente des excuses pour son explosive interview avec la princesse Diana

Les confidences de la princesse sur son mariage «qui comptait trois personnes» – en référence à la relation que Charles entretenait avec Camilla Parker Bowles –, sur une liaison qu'elle aussi avait entretenue, tout cela avait fait l'effet d'une bombe, devant 23 millions de téléspectateurs ébahis, sonnés, rien qu'au Royaume-Uni.

«C'est infiniment triste de savoir à quel point les manquements de la BBC auront alimenté les peurs, la paranoïa et la solitude des dernières années que j'ai passées avec elle», a dénoncé le fils aîné de Diana, le prince William, deuxième dans l'ordre de succession au trône britannique. Reprochant à la BBC d'avoir refusé d'enquêter sérieusement en 1996.

Son frère le prince Harry est allé jusqu'à dresser un lien entre la mort de sa mère, et «l'effet d'entraînement de cette culture d'exploitation et des pratiques contraires à toute éthique». Lui vient de lancer une série de documentaires avec la star américaine de la télévision Oprah Winfrey, sur le thème de la santé mentale. La série a débuté quelques jours seulement avant le rapport incendiaire du juge Dyson. 

Lire sur le site du Guardian  les déclarations des princes Harry et William.

«J'espère vraiment que la BBC prendra toutes les mesures possibles pour garantir qu'une telle situation ne se reproduira plus jamais», a déclaré de son côté le premier ministre Boris Johnson.

Face au tollé, le gouvernement a annoncé qu'il allait examiner la nécessité de réformer la gouvernance de la BBC, dont il questionne déjà le financement par la redevance publique et où il tente de placer des alliés des conservateurs. 

«Vous avez les ministres du gouvernement, pratiquement toutes les Unes des journaux, l'abattoir des réseaux sociaux, vous avez le futur roi du Royaume-Uni et son frère, tous ligués contre la BBC» se désolait ce vendredi la cheffe des relations publiques de l'autrefois vénérable «Beeb», Amol Rajan.

La police a déjà annoncé qu'elle rouvrirait des enquêtes si de nouveaux éléments d'information devaient apparaître sur les faux documents fabriqués par Martin Bashir pour arriver à ses fins.

Jusqu'ici c'est la presse tabloïde qui était associée principalement à la vie tragique de la princesse Diana, décédée dans un accident de voiture à Paris en août 1997.

Crise sur crise à la BBC

La BBC avait déjà il y a quelques années été accusée d'avoir tenté d'étouffer les agissements pédophiles de feu son ex-star Jimmy Savile, et été montrée du doigt pour avoir accusé à tort un politicien conservateur d'abus sexuels. Plus récemment, son traitement pendant toute la campagne du vote sur le Brexit a été régulièrement accusé de partialité par les «remainers», qui estiment que le groupe public n'a pas fait son travail de mise en perspective des enjeux du référendum.

Cette tempête intervient dans une période critique pour la BBC, qui doit se moderniser pour répondre aux défis des nouvelles habitudes du public et au succès des plateformes payantes comme Netflix.

Pour «mieux refléter» la diversité des régions, le groupe, engagé dans un vaste plan d'économies avec des centaines de suppressions d'emplois à la clé, a décidé de délocaliser des postes et une partie de sa production hors de Londres. 

La direction du groupe public a aussi promis de sévir, jusqu'à un éventuel licenciement, contre les employés manquant d'impartialité sur Twitter. En interne, elle a dû faire face à une fronde sur la question de l'égalité salariale, qui a poussé des stars du petit écran à démissionner.