Prix Nobel de la paix

Beatrice Fihn, directrice de l’ICAN: «La Suisse doit impérativement signer le traité d’interdiction»

Directrice du siège de l’ICAN, la Campagne pour l’abolition des armes nucléaires, lauréate du Nobel 2017, la Suédoise Beatrice Fihn explique la responsabilité que lui confère l’attribution de ce prix

Le Temps: Recevoir le Prix Nobel pour l’ICAN, c’est une lourde responsabilité?

Beatrice Fihn: Oui, c’est une lourde responsabilité. Nous devrons nous assurer que le traité d’interdiction des armes nucléaires conclu à New York en juillet sera signé par le plus grand nombre d’Etats possible. C’est pourquoi nous allons continuer à mettre au défi tous ceux qui continuent de défendre la pertinence des armes nucléaires. Ces armes sont inacceptables. Ce sont les plus destructrices que l’humanité ait jamais créées. Il importe de les stigmatiser.

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– Que dénoncez-vous en particulier chez les défenseurs de l’arme atomique?

– Ils nous disent que les armes nucléaires sont absolument nécessaires à notre sécurité et, dans le même temps, qu’il faut s’en débarrasser. Les Etats ont longtemps pu jouer sur ces deux registres. En ce sens, le traité d’interdiction met en lumière toutes ces incohérences. Car soit ces armes garantissent notre sécurité et tout le monde devrait en posséder, soit elles sont dangereuses, ce que je pense, et elles doivent être éliminées. Nous devons mettre les politiciens sous pression. Nous devons tout faire pour qu’il soit plus difficile de conserver ces armes. En faisant ce travail de stigmatisation, nous faciliterons le travail de ces mêmes politiciens pour trancher dans les budgets alloués aux armes atomiques.

– Les puissances nucléaires officielles, membres permanents du Conseil de sécurité, ont boycotté les négociations sur le traité. L’OTAN également. Comment allez-vous faire pour les rallier à la vision d’un monde dénucléarisé?

– Par la mobilisation publique. A New York d’ailleurs, un membre de l’OTAN a participé aux négociations, les Pays-Bas. Pourquoi? Parce que Parlement néerlandais a sommé son gouvernement de le faire. De nombreux parlementaires dans plusieurs pays nous promettent déjà de s’engager pour défendre la cause de l’interdiction. Nous devons faire en sorte que les gens s’emparent du sujet. Car, en fin de compte, les politiciens cherchent à se faire réélire et feront ce que le peuple leur demande. A cet égard, la Suisse doit signer ce traité si elle veut vraiment apparaître comme le champion de l’humanitaire en matière de désarmement. Genève est la capitale du désarmement et de l’humanitaire. Ne l’oublions pas.

– Pour vous, la dissuasion telle que pratiquée par les deux grandes puissances de la Guerre froide ne fonctionne plus?

– La notion d’équilibre de la terreur qui a prévalu durant la Guerre froide ne marche plus dans un monde multipolaire où il n’y a plus deux blocs qui s’opposent, mais où il y a de nombreux pays interconnectés. Regardez ce qui se passe entre la Corée du Nord et les Etats-Unis. On ne sait pas où la dissuasion va s’arrêter. Il y a un vrai risque de déflagration.

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