Soudan

Béchir condamné à deux ans en centre correctionnel pour corruption

Déclaré coupable de corruption et possession de devises étrangères samedi matin par un tribunal spécial de Khartoum, l'ex-président soudanais avait reconnu avoir perçu un total de 90 millions de dollars de la part de dirigeants saoudiens

L'ex-président soudanais Omar el-Béchir, destitué en avril par l'armée après 30 ans au pouvoir, a été condamné samedi à deux ans en centre correctionnel pour corruption. Il s'agit de la première décision de justice visant l'ancien homme fort du Soudan.

Omar el-Béchir est apparu samedi matin devant le «tribunal spécial» de Khartoum, écoutant le verdict debout dans une cage métallique et vêtu de sa robe blanche traditionnelle et de son turban. Dans ce procès qui a commencé en août, et qui concerne des fonds perçus de l'Arabie saoudite, Omar el-Béchir encourait jusqu'à dix ans de prison.

Samedi, il a été déclaré coupable de «corruption» et «possession de devises étrangères». Le juge Al-Sadeq Abdelrahmane a expliqué que l'ex-président serait placé dans un centre correctionnel pour les personnes âgées, car selon la loi soudanaise, toute personne âgée de plus de 70 ans ne peut être placée en prison.

Appel

A l'issue de l'audience, l'un de ses avocats Ahmed Ibrahim a indiqué qu'il ferait appel «devant la cour d'appel et devant la haute cour». Le juge a également prononcé la confiscation des fonds retrouvés au domicile de Omar el-Béchir après son arrestation en avril, soit 6,9 millions d'euros, 351'770 dollars et 5,7 millions de livres soudanaises (soit près de huit millions de francs au total).

Samedi matin, un important dispositif de sécurité était visible dans les rues de Khartoum pour empêcher tout débordement de violence de la part de partisans de Omar el-Béchir. A l'extérieur du tribunal, plusieurs dizaines de partisans de l'ex-président on manifesté leur mécontentement en scandant: «Il n'y a de dieu que Dieu». Des centaines d'autres manifestaient aussi dans le centre-ville de Khartoum contre les nouvelles autorités.

Parallèlement, les autorités de transition ont annoncé samedi la dissolution des organisations professionnelles mises en place sous Omar el-Béchir, conformément aux revendications du mouvement de contestation qui a obtenu en avril la chute de l'ex-dictateur.

Des «dons»

Au cours des audiences précédentes, Omar el-Béchir, avait assuré que l'argent n'a pas été utilisé à des fins personnelles, mais sous forme de «dons». Selon un témoin au procès, l'ex-président aurait ainsi donné quelque cinq millions d'euros au redouté groupe paramilitaire des Forces de soutien rapide (RSF).

Si l'ex-président a reconnu avoir perçu un total de 90 millions de dollars de la part de dirigeants saoudiens, le procès ne concerne que 25 millions de dollars reçus peu avant sa chute du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.

En revanche, ce premier procès n'évoque pas les lourdes accusations portées depuis une décennie contre Omar el-Béchir par la Cour pénale internationale (CPI), qui a émis contre lui deux mandats d'arrêt pour «crimes de guerre», «crimes contre l'humanité» et «génocide» au Darfour.

Cette province occidentale soudanaise a été le théâtre d'une guerre sanglante entre rebelles et forces pro-gouvernementales. Le conflit, qui a éclaté en 2003, a fait 300'000 morts et 2,5 millions de déplacés, selon l'ONU.

D'autres accusations

A ce jour, le gouvernement de transition mis en place en septembre, n'a pas autorisé l'extradition de l'ex-dirigeant à La Haye où siège la CPI. Les Forces pour la liberté et le changement (FFC), qui ont mené la contestation contre Omar el-Béchir, ont dit n'avoir aucune objection à une extradition.

Outre l'affaire de corruption et les accusations devant la CPI, Omar el-Béchir pourrait devoir répondre d'autres crimes présumés devant la justice de son pays. Le 12 novembre, les autorités ont émis un nouveau mandat d'arrêt à son encontre pour son rôle dans le coup d'Etat de 1989, sur lequel une commission spéciale du parquet de Khartoum enquête.

Selon le procureur général, Omar el-Béchir est aussi mis en cause pour des meurtres commis lors des manifestations ayant conduit à son éviction. A ce jour, il n'a pas eu à répondre de ces accusations.

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