Encore deux semaines. Reçu mercredi par le roi Albert II, le ministre des Finances belge Didier Reynders, chargé par le souverain d’une ultime mission de conciliation, a obtenu une rallonge pour tenter de trouver un accord entre néerlandophones et francophones. Problème: presque personne n’y croit aujourd’hui en Belgique, après 249 jours sans gouvernement suite aux élections de juin 2010. Un record mondial dont le royaume, guetté par les marchés en raison de la fragilité de ses comptes, se serait bien passé.

Concrètement, ce record politique ne signifie pas grand-chose. La vie quotidienne continue en Belgique où la bureaucratie et l’administration, habituées à fonctionner dans l’ombre de gouvernements de coalition, poursuivent leur travail cahin-caha. A titre exceptionnel, le roi Albert II a même demandé à l’actuel gouvernement en «affaires courantes» dirigé par le premier ministre (flamand) Yves Leterme de présenter un projet de budget devant les Chambres. Le problème est en revanche que plus la crise s’enlise, plus la scission du pays entre le nord néerlandophone et le sud francophone s’installe dans les esprits. Malgré une mobilisation importante fin janvier à Bruxelles, lors d’une manifestation de la honte largement couverte par les médias internationaux, les partisans d’un maintien de la Belgique unie ne sont pas parvenus à débloquer l’impasse politique entre les nationalistes flamands et les partis francophones, tous inquiets de la décentralisation maximale des compétences de l’Etat fédéral proposée par les néerlandophones.

La responsabilité première de la crise est attribuée par les francophones au leader du premier parti de Flandre, la NVA: l’historien Bart de Wever. Mercredi, ce dernier a d’emblée reproché au nouveau «conciliateur» Didier Reynders de trop se mêler des futures négociations, au lieu de simplement s’efforcer de ramener les partis autour de la table. Beaucoup d’observateurs soupçonnent M. De Wever de se préparer à retourner aux urnes et de disposer de sondages positifs en cas de nouvelles élections. Le système électoral belge à la proportionnelle oblige – sauf à Bruxelles (région capitale bilingue) – les électeurs à élire des candidats originaires de leur région linguistique. Ce qui empêche les partisans d’une Belgique unie de se faire politiquement entendre. Les appels à la création d’une circonscription nationale, qui permettrait d’élire des candidats pour leurs opinions indépendamment de leur appartenance linguistique, ont toujours été rejetés.

La préoccupation est aussi grande de voir monter l’intransigeance, en particulier en Flandre. A côté d’initiatives amusantes, comme celles de l’acteur belge Benoît Poelvoorde qui avait incité ses compatriotes à ne plus se raser tant qu’il n’y aura pas de gouvernement, ou celle d’une sénatrice flamande qui a suggéré aux épouses de négociateurs actuels de faire «la grève du sexe» pour amener leurs maris à s’entendre, plusieurs dérapages médiatiques préoccupants ont eu lieu. Bart de Wever a ainsi traité certains médias francophones de «papier-toilette». Des débats télévisés ont failli tourner au pugilat. Pas de quoi rire, donc, en Belgique pour cette crise politique record que des étudiants flamands et francophones veulent aujourd’hui marquer par une série d’actions labellisées «révolution des frites» pour marquer leur «ras-le-bol des jeux politiciens».