«Nous avons été frappés par des attentats aveugles, violents et lâches. Il y a beaucoup de morts, de nombreuses personnes ont été blessées, parfois gravement. Nous redoutions un attentat et c’est arrivé.» Cette déclaration du premier ministre belge Charles Michel en dit long sur l’état de choc dans lequel la Belgique a sombré mardi suite aux trois explosions qui ont dévasté l’aéroport international de Zaventem et l’arrêt de métro de Maelbeek, en plein cœur du «quartier européen» de Bruxelles. «Il y aura un avant et un après 22 mars 2016», a insisté le chef du gouvernement.

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Bruxelles se souviendra longtemps du 22 mars 2016. Les attentats ont causé la mort de 34 personnes, dont les identités n’étaient pas encore toutes établies en fin d’après-midi, et blessé plus de 200 quidams. Un deuil national de trois jours a été décrété dans le pays. Le niveau d’alerte a été élevé au niveau maximal. Mais contrairement au «lock-down» de novembre dernier dans le sillage des attentats des Paris, le gouvernement n’a pas demandé aux commerces de fermer boutique. En revanche, la présence militaire et policière en ville sera renforcée, ainsi que les contrôles aux frontières.

La première explosion dans le hall d’enregistrement de l’aéroport a provoqué l’effondrement du faux plafond. Adrien, bagagiste, a pu se relever dans les décombres et conduire plusieurs personnes vers un périmètre de sécurité. «J’ai sauvé deux blessés, a-t-il raconté. Ils se sont accrochés à moi et ne voulaient pas que je parte.»

De nombreux survivants ont témoigné de scènes effroyables. A l’instar d’un passager de la rame de métro qui a explosé à Maelbeek peu après 9h10. «J’ai vu deux vieilles personnes qui n’arrivaient pas à bouger, confie-t-il. Deux policiers étaient morts sur le coup, les jambes sectionnées. Cette journée marquera ma vie pour toujours.» A cette heure, le métro est emprunté par des fonctionnaires européens. «Je l’ai échappé belle», raconte un journaliste allemand qui était passé par la station visée cinq minutes avant le drame.

Les sirènes des ambulances, des pompiers et des policiers ont retenti tout le long de la journée dans la ville. Les blessés ont été acheminés dans vingt-cinq hôpitaux du pays, Des forces de sécurité ont installé de nombreux périmètres de sécurité, rendant le déplacement difficile. D’autant plus que tous les réseaux de transports publics – métro, bus et trams – étaient paralysés. Les autorités ont demandé aux Bruxellois de rester chez eux alors que les enfants étaient déjà partis à l’école et que de nombreuses personnes se trouvaient déjà sur leur place de travail.

Les attentats ont sonné les Bruxellois, mais ils ne les ont pas vraiment surpris. Selon André Jacob, expert en sécurité, une réaction terroriste après l’arrestation de Salah Abdeslam, le djihadiste de Molenbeek, vendredi dernier était imaginable. «Mais personne ne s’attendait à une réaction aussi rapide, analyse-t-il. Cette opération était certainement préparée depuis plusieurs semaines déjà.» Selon le procureur fédéral belge Frédéric Vaan Leeuw, «il n’est pas encore possible d’établir un lien formel avec les attentats du 13 novembre à Paris».

Malgré l’indéniable choc, les Bruxellois n’ont donné aucun signe de faiblesse. Selon Rudi Vervoort, ministre-président bruxellois, les attentats ont frappé des symboles forts du pays. «Mais notre détermination est intacte pour faire face aux menaces, dit-il. Nous gagnerons la guerre contre la barbarie. Bruxelles a montré son vrai visage, celui de la solidarité, qui s’est manifesté par le don de sang et la gratuité des taxis.» Malgré le niveau d’alerte 4, plusieurs centaines de personnes se sont réunies mardi soir à la place de la Bourse, au centre-ville, en pensée avec les victimes.