La Belgique fédérale est plus que jamais dans l'impasse. Chargé par le roi Albert II de former une coalition capable de satisfaire la volonté de réforme drastique des néerlandophones, et le refus de démanteler l'Etat des francophones, le leader flamand Yves Leterme a jeté l'éponge samedi.

Patron du Parti chrétien-démocrate flamand CDV, président sortant de la région Flandre, ce politicien redouté des francophones tentait, depuis sa victoire au scrutin législatif du 10 juin, de négocier une plate-forme commune aux forces politiques des deux côtés de la frontière linguistique. En vain. Après avoir déjà, fin août, présenté au souverain sa démission une première fois, Yves Leterme a de nouveau échoué à dessiner les contours d'un processus acceptable de réforme en vue d'une décentralisation de la Belgique, dotée d'un Etat fédéral depuis 1970.

L'idée de charger une «commission de sages» pour réfléchir à l'avenir institutionnel belge a finalement été rejetée par les durs des deux camps, dont les rapports sont devenus exécrables depuis la décision en octobre des parlementaires flamands (majoritaires) de limiter les facilités accordées aux francophones dans des communes périphériques de Bruxelles. L'intransigeance, au sein du bloc flamand, du parti nationaliste NVA et de son leader Bart de Wever, rend désormais, selon les observateurs, «très improbable» la formation d'une coalition sur les bases des résultats électoraux de juin.

Selon un scénario assez conforme au «surréalisme politique» belge, souvent évoqué depuis le début de cette plus longue crise gouvernementale dans l'histoire du royaume crée en 1830, la sortie du tunnel pourrait donc être confiée à un «joker».

La première hypothèse serait de conférer au premier ministre sortant Guy Verhosftadt, battu le 10 juin mais toujours en fonctions pour gérer les affaires courantes, la charge de former une coalition «élargie» dans l'attente des élections régionales de 2009. L'intéressé a d'ailleurs été reçu par le roi Albert II samedi soir. Sans que l'on sache quel pourrait être alors le rôle d'Yves Leterme.

Louis Michel en sauveteur

Une seconde hypothèse, avancée, serait que l'un des partis francophones vainqueurs, le Mouvement réformateur, prenne les devants, même si le premier ministre belge est normalement un flamand, conformément au poids démographique des néerlandophones qui représentent 60% des 10,5 millions de belges. L'un de ses leaders, l'actuel commissaire européen au Développement Louis Michel, très populaire et parfaitement bilingue, pourrait dans ce cas jouer les premiers rôles.