Ils ont gagné. Et ils ont échoué. Près de six mois après les législatives, les partis vainqueurs sont dans l'impasse. Après la démission samedi du leader chrétien-démocrate flamand, Yves Leterme, homme fort de l'alliance CDV-NVA (30 sièges sur les 150 de la Chambre des représentants), la reconduction lundi par le roi Albert II du premier ministre sortant, Guy Verhofstadt, montre l'agonie du système de coalition dans le Plat Pays.

Incapables de s'entendre sur un agenda, une méthode et un calendrier de réformes, les partis flamands vainqueurs et leurs homologues francophones, rassemblés dans une coalition chrétienne-libérale dite de l'«orange-bleue» apparaissent inaptes à diriger la Belgique. Deux figures clés de ce cartel sont notamment aux antipodes: le néerlandophone Bart de Wever, patron de la NVA (Nouvelle Alliance flamande, 5 élus), résolu à vider au maximum la coquille fédérale; et la francophone Joelle Milquet, cheffe du CDH (centre démocrate humaniste, 10 élus), intransigeante sur le maintien d'une solidarité financière nord-sud et d'un système national de sécurité sociale.

Cet interminable bras de fer n'est pas étonnant. Obligées par la loi de voter pour des candidats de leur langue, les deux communautés linguistiques flamande (6,5 millions d'habitants) et francophone (4 millions) ont envoyé le 10 juin au parlement des messages opposés. En Flandre, le scrutin a été marqué par une nouvelle poussée de la droite dure et séparatiste incarnée par trois partis: la formation extrémiste Vlaams Belang (17 sièges), la liste populiste de l'ancien champion de judo Jean Marie de Decker (5 sièges) et le NVA. Les libéraux du premier ministre sortant, Guy Verhofstadt, ont été battus parce qu'ils étaient jugés trop mous. Les électeurs ont d'abord voté pour réformer le pays.

Voie médiane

Les francophones de Wallonie et de Bruxelles ont, à l'inverse, émis un vote de contestation contre l'inamovible Parti socialiste, lesté par de nombreuses affaires de corruption, notamment à Charleroi. Le Mouvement réformateur (MR) et le CDH n'ont pas progressé grâce à leurs thèses séparatistes, mais par leur bonne image locale. Ironie: le sud du pays n'a pas voté pour se dissocier du nord, mais pour... s'aligner sur ses réformes socio-économiques.

La question, maintenant, est de trouver une voie médiane entre ces différents agendas. En sachant que les «durs» flamands pèseront de tout leur poids pour éviter de confier la réforme de l'Etat fédéral à des commissions qui enterreraient le chantier. La meilleure piste pour y parvenir semble être de constituer une «union nationale» jusqu'aux élections régionales de 2009. Elle gérerait les affaires courantes et définirait un chantier commun de décentralisation. Compte tenu de la surenchère des radicaux flamands, persuadés de sortir renforcés d'un nouveau scrutin législatif, une proposition circule parmi les francophones: accepter une autonomie plus grande des régions en échange de la création d'une circonscription électorale nationale, destinée à élire une partie des députés en dehors des clivages linguistiques. Pour desserrer l'étau du séparatisme.