élections

En Belgique, les écologistes progressent dans un pays toujours plus polarisé

Les citoyens belges se prononçaient à la fois pour les élections européennes, fédérales et régionales. Le sud et Bruxelles votent toujours plus à gauche, le nord à droite. Les écologistes de même que le Vlaams Belang, les indépendantistes durs, bondissent

A Bruxelles, les Verts, Ecolo en francophonie et Groen chez les néerlandophones, se sont réunis dans la salle de spectacle de la Madeleine, non loin de la gare centrale. Grand écran avec les TV des deux langues en alternance et escaliers majestueux encadrant la scène, éclairés en vert, bien sûr. Le plateau est toutefois longtemps resté vide: de gros retards dans les dépouillements en Wallonie et Bruxelles ont compliqué la soirée électorale.

En Belgique, dimanche 26 mai, les citoyens ont cumulé les scrutins. Ils ont voté à la fois pour les parlements régionaux – les principaux étant la Flandre, Bruxelles et la Wallonie –, pour le niveau fédéral (la Chambre des représentants, chambre basse) et les européennes. Autant dire que ces dernières ont été largement éclipsées durant la campagne, plutôt dure, qui a en particulier opposé Ecolo/Groen et les libéraux au pouvoir, le Mouvement réformateur (MR), parti du premier ministre sortant Charles Michel.

A propos du scrutin européen: Les leçons du scrutin européen: Verts et centristes arbitreront le duel des droites

Une forte polarisation du pays

De nombreuses incertitudes demeuraient en soirée dimanche, mais une chose est sûre: la Belgique va se réveiller encore un peu plus divisée. Le nord a voté plus à droite, le sud, plus à gauche, Bruxelles aussi.

«On a gagné», ont longtemps scandé des militants écologistes. Ce qui est vrai sur certains niveaux. Les Verts bondissent de 6% au niveau de la Wallonie, où le PS perd 7%. Au plan fédéral, ils gagnent 9 sièges, pour un total de 21 (Ecolo et Groen). A Bruxelles, emmené par sa co-présidente Zakia Khattabi, Ecolo augmente ses votes de 7% et devient la deuxième force politique après le PS – le parti a même pensé, pendant plusieurs heures, être en tête.

Cette progression se fait au détriment des socialistes, qui se font en outre raboter le flanc par une extrême gauche aussi récente qu’en forme, au sud. Le centre perd aussi des plumes.

«Nous avons gagné ces élections», a renchérit Zakia Khattabi dans une tardive allocution, avant d'appeler à la constitution de «majorités de l'espoir», sans autre précision.

Lire également:  Dans les urnes européennes, quatre enjeux pour l’avenir de l’Union

En Flandre, le triomphe des deux camps indépendantistes

Car le triomphalisme des écologistes est refroidi par ce qui se passe en Flandre. La sulfureuse N-VA du maire autonomiste d’Anvers Bart De Wever, passée un temps au gouvernement fédéral avant de le quitter, perd des points au profit du Vlaams Belang, autre parti indépendantiste, mais situé encore un peu plus à droite. Celui-ci a grimpé de 12%, devenant soudain le deuxième parti du parlement flamand après la N-VA.

Bart De Wever a réagi en lançant: «Les nationalistes flamands ont gagné.» Jusqu’ici solide leader en Flandre, sa situation, pourtant, se complique. Jusqu’ici, il a toujours exclu de gouverner avec le Vlaams Belang. Ce parti fait l’objet d’un «cordon sanitaire» de la part des autres formations, excluant toute forme d’accord. Il ne s’est pas clairement exprimé à ce sujet dimanche soir.

Les discussions seront difficiles au niveau fédéral, où là aussi, le Vlaams Belang gagne du terrain, à hauteur de 12%.

A Bruxelles, ce 26 mai 2019:  Une visite de Mini-Europe, Bruxelles, un jour d'élections

«Il faudra être patients, et créatifs»

«Voilà le résultat de la politique du MR», pestent des militants Ecolo à la Madeleine. L’inclusion du parti indépendantiste dans le gouvernement fédéral, où il a envoyé des représentants virulents en particulier sur l’immigration, avant de sortir, a fait le lit du Vlaams Belang, jugent de nombreux verts. La fin de campagne a été marquée par de violents échanges entre Zakia Khattabi et les responsables du MR, la première accusant les seconds de trahisons en faveur de l’extrême droite, les seconds la vilipendant pour le communautarisme de son parti, qui a courtisé les minorités d’assez près.

Le paysage politique belge n’est donc pas près de se simplifier. Mis en suspens quelques années, le souhait d'indépendance de certains flamands risque de revenir sur la table. Avant cela, les partis vont devoir s'atteler à la composition des exécutifs régionaux et fédéral. «Il faudra être patients, et créatifs», lance un cadre d’Ecolo. Ça tombe bien: prendre le temps pour créer un gouvernement et composer des coalitions colorées (turquoise, arc-en-ciel, suédoise, bourguignonne, etc), les politiques belges savent très bien le faire.

Publicité