N'essayez pas, si vous vous trouvez en Belgique, de mettre en doute la nécessité d'un roi pour le pays, vous vous feriez vertement remettre en place. Les Belges ont un monarque depuis 1831 et ils y tiennent, du moins ceux qui sont attachés à la Belgique telle qu'elle est. Un sondage réalisé il y a un an par La Libre Belgique soulignait que 71% des Belges restaient attachés à la monarchie, même si seuls 62% d'entre eux la jugeaient nécessaire au maintien de l'unité d'un pays, politiquement, marqué par le communautarisme. Symptomatiquement peut-être, seuls 51% des Flamands le jugeaient alors le roi indispensable, tandis que 69% des Wallons le considèrent comme vital pour la cohésion nationale.

Albert II lui même, qui fête ses dix ans de règne, sait bien ce qu'il doit incarner, même s'il le rappelle à travers un hommage appuyé à son frère et prédécesseur: «Le roi Baudouin était le symbole, mais aussi un avocat vigoureux de l'unité et de la cohésion du pays, dans le respect de sa diversité», a déclaré le monarque dimanche à l'ouverture des festivités. Depuis Baudouin en effet, la famille royale de Belgique est marquée par ce rôle symbolique qui s'est accentué à mesure qu'elle perdait du terrain politique. Albert II suit cette ligne avec application et, à lire la presse belge, il semble y parvenir: «Fédérer signifie unir et unir est une des tâches de la monarchie belge», déclare-t-il en l'an 2000, dans son discours du 21 juillet, la fête nationale belge. La partie n'était pas gagnée d'avance. Lorsque le roi Baudouin meurt en 1993, le choc est énorme dans le pays. Des centaines de milliers de Belges participent au deuil national. Albert II va donc devoir prouver qu'il est capable de succéder à ce monarque très populaire. Il le fera en se multipliant auprès de toutes les communautés du pays. Il participe à la fête flamande, puis à la fête wallonne et ne rate pas les célébrations de la région Bruxelles-capitale. Il n'oublie pas non plus la minorité allemande et rend visite à l'occasion aux populations immigrées qui ont élu domicile dans certains quartiers de Bruxelles.

Outre son rôle de ferment politique, Albert II le catholique défend aussi une certaine morale – là aussi dans la droite ligne de Baudouin qui se mettra en réserve du royaume le temps que le parlement adopte une loi sur l'avortement. Très présent au moment de l'affaire Dutroux, Albert II place les valeurs familiales, mais aussi sociales, au centre de ses discours. Discret, il ne reste pas moins influent lorsque la Belgique doit, après chaque élections législatives – comme celle du 18 mai dernier – s'engager dans la délicate formation de ses gouvernements.