La nouvelle ne pouvait pas tomber à un moment plus symbolique. Alors qu’une quarantaine de chefs d’Etat ou de gouvernement sont réunis à Bruxelles depuis lundi pour les deux jours du sommet Asie-Europe, le leader nationaliste flamand Bart de Wever a décrété hier soir l’échec des négociations en vue de réformer la Belgique et de constituer un cabinet de coalition. Son parti, la NVA, vainqueur lors des élections du 13 juin, estime que les pourparlers menés depuis 4 mois avec les francophones ne font que «patauger». «Il faut repartir d’une feuille blanche. Je suis disponible», a déclaré l’intéressé. En précisant bien, pour faire rejaillir la faute sur ses interlocuteurs: «Mais avec des partenaires qui le veulent…»

Pour les Francophones, qui depuis les législatives ne veulent pas croire aux risques de dislocation du pays, ces déclarations ont fait l’effet d’un coup de massue. «Sa Belgique, sinon rien?» interroge à la «une» le quotidien Le Soir, dont l’éditorialiste résume la donne: «Pour Bart de Wever, les avancées francophones sont insuffisantes, la méthode (de négociation) est nulle, les partenaires pas fiables…». En clair: c’est une gifle qu’ont décidé d’infliger à tous les autres acteurs politiques Belges les nationalistes flamands. Sans que personne, mardi matin du moins, ne soit capable d’y voir clair dans leur stratégie qui, de plus en plus, ressemble à une surenchère du pire en vue, soit d’obtenir de nouvelles élections, soit de dicter leurs conditions coûte que coûte.

Et maintenant? Plusieurs réponses peuvent être faites. La première, institutionnelle, est que la Belgique n’est pas encore morte. Le gouvernement actuel, dirigé par le premier ministre (flamand) Yves Leterme, va poursuive sa gestion des affaires courantes et sa présidence semestrielle de l’Union européenne. Yves Leterme était d’ailleurs, lundi, aux côtés du Roi Albert II pour accueillir les dirigeants du sommet Asie-Europe dans un Palais Royal de Bruxelles fraîchement rénové. Tout un symbole, encore une fois, du décalage entre la façade diplomatique du pays et son délitement politique.

La seconde est que l’on voit mal, après ce camouflet des nationalistes flamands, les négociateurs francophones actuels accepter de poursuivre les discussions. En expliquant que son parti «n’a obtenu aucune réponse aux questions essentielles que se posent les Flamands», Bart de Wever a rayé d’un trait les efforts faits pour s’entendre sur un liste de principes communs, comme une réforme du financement de Bruxelles (la région-capitale bilingue), ou la décentralisation de la fiscalité (que la NVA veut la plus radicale possible, dépouillant l’Etat fédéral de ces ressources). La réforme des institutions belges en faveur d’une plus grande autonomie et d’une responsabilisation financière accrue des régions semble donc incompatible avec les résultats sortis des urnes le 13 juin. La NVA, arrivée en tête en Flandre, tient effectivement, comme l’écrivent la plupart des quotidiens «la Belgique en otage».

La troisième réponse à l’ultimatum de Bart de Wever doit enfin venir de la Flandre elle-même. Vainqueur, son parti nationaliste n’a pas obtenu pour autant la majorité des sièges dans la partie néerlandophone du pays. Il n’y a donc pas, sur le papier, une majorité d’électeurs flamands acquis à la dislocation de la Belgique (Bart de Wever préfère, lui, parler «d’évaporation»). Les deux médiateurs nommés début septembre, le président du Sénat et celui de la Chambre des députés, se rendront mardi après-midi chez le roi Albert II, qui va devoir à présent entamer des consultations et probablement désigner une nouvelle personnalité pour tenter de renouer le fil du dialogue. Mais dans ce champ de mines politiques qu’est la Belgique politique, l’on ne voit pas qui, aujourd’hui, peut parvenir à trouver une sortie de crise. D’où l’hypothèse de plus en plus évoquée d’une convocation de nouvelles élections. Avec un risque majeur: une radicalisation accentuée des deux communautés linguistiques.