La Belgique a regardé dimanche sa «mort en direct» dans une émission de télévision spéciale sur l’impact d’un éventuel éclatement du pays. Ce programme a été retransmis tant chez les Flamands que chez les francophones. Une première, qui confirme que la question n’est plus taboue dans l’opinion, quoique «très compliquée», selon De Morgen. D’ailleurs, elle «fait jaser toute la planète politico-médiatique belge», estime La Libre Belgique. Même si le débat était «un peu tiède», pense le Het Nieuwsblad.

Qu’adviendrait-il de Bruxelles, du roi Albert II, de l’armée, de la dette nationale ou de la sécurité sociale? Ces questions qui «divisent l’opinion», aux yeux des Het Laatste Nieuws, ont été abordées en une quarantaine de minutes dans cette édition spéciale du magazine d’actualité de la télévision publique belge néerlandophone VRT, baptisée Plan B. Fait exceptionnel, elle a été simultanément retransmise sur la chaîne publique francophone RTBF, avec des sous-titres en français. Alors, que faire par exemple de la royauté en cas de scission? «Si nous voulons garder le Roi, et comme les politiques savent que le citoyen lambda veut garder la monarchie, vous pouvez réaliser une union personnelle et notre Souverain devient roi de trois pays [Flandre, Wallonie et Bruxelles-Région]. C’est possible», estime Herman Van Goethem, professeur d’histoire à l’université d’Anvers», cité par la RTBF.

Le Plan B rappelle par le thème choisi une «vraie-fausse» fiction retentissante sur la scission du pays, Bye-Bye Belgium, diffusée fin 2006 par la RTBF. Tournée comme s’il se fût agi d’un journal télévisé en direct annonçant la proclamation unilatérale d’indépendance par la Flandre, elle avait fait croire à des centaines de milliers de téléspectateurs que la messe était dite. Mais cette fois, commente Le Vif, «les experts interrogés s’en sont tenus à un exposé essentiellement technique. L’un ou l’autre n’ont toutefois pas caché leur aversion à l’égard de certaines idées séparatistes.» D’autant que les négociations visant à trouver un compromis, quoique dans l’impasse, sont «un jeu d’enfant» à côté de cette hypothèse de travail, constate De Standaard.

L’émission entendait regarder la réalité en face et donner la parole à onze universitaires qui ont «calculé combien la scission coûterait et qui en seraient les gagnants et les perdants», a expliqué le journaliste auteur du programme, Ivan De Vadder. «En droit international, il n’y a pas de règles préétablies à suivre pour scinder un pays. Il faudrait tout négocier», a expliqué l’un des professeurs, rappelant que l’accord de scission de la Tchécoslovaquie comportait plus de 22 000 pages. «Trop difficile à négocier…» en conclut RTL: la scission de la Belgique, «si elle se produit, sera le fruit d’une décision politique et de négociations longues et ardues.

«La Wallonie et Bruxelles laisseraient des plumes dans l’aventure.» Car économiquement, Les francophones y auraient clairement le plus à perdre. En termes de richesse par habitant et par rapport à une moyenne nationale à 100, la Flandre se situe à 109%, selon les statistiques officielles. La Wallonie n’est qu’à 87% et la ville-Région de Bruxelles, entourée par la Flandre, mais très majoritairement francophone, est encore plus pauvre (86%).

Le simple fait que la télévision belge décortique la question montre l’évolution qu’a connue l’opinion depuis que la crise politique nationale s’est brusquement envenimée en 2007 à la suite de revendications autonomistes plus dures de la part de la Flandre. La fin de la Belgique n’est plus réservée à l’extrême droite flamande ou à une poignée de «rattachistes» wallons rêvant d’une union avec la France. La victoire d’un parti flamand séparatiste aux dernières élections législatives de juin, la N-VA, est passée par là. Depuis, le pays n’a toujours pas réussi à se doter d’un nouveau gouvernement.

Donc, commente en conclusion Le Soir de Bruxelles, «soit la Belgique est morte en 2007, depuis qu’il n’y a plus de gouvernement réellement constitué et que la Belgique politique est dans le coma. Soit on réalise que depuis cette date, les trains continuent à circuler, les impôts à être levés, les hôpitaux à fonctionner. Même si on ressent la léthargie, la Belgique de l’économie, du social et des écoles tourne.»