«Le roi a accepté la démission du gouvernement que le Premier ministre lui avait présentée le jeudi 22 avril et a chargé le gouvernement de l’expédition des affaires courantes», a indiqué en fin d’après-midi le Palais royal dans un communiqué.

Une ultime tentative de conciliation faite par le ministre des Finances, le francophone Didier Reynders, pour relancer les négociations sur la question des droits linguistiques des francophones vivant dans la banlieue flamande de Bruxelles, a échoué lundi. Sonnant le glas des espoirs de compromis.

Elections probables en juin Albert II a la possibilité de confier à une autre personnalité, voire à M. Leterme lui-même, la mission de former un nouveau gouvernement. Mais vu la rupture de confiance actuelle entre Flamands et francophones, cette piste semble très difficile à suivre.

L’autre possibilité est la convocation d’élections législatives anticipées, qui doivent avoir lieu en vertu de la Constitution belge dans les 40 jours. Ces élections pourraient donc avoir lieu dans la première quinzaine de juin, alors que le pays prend la présidence tournante de l’Union européenne.

Mais ces élections risquent de déboucher sur une nouvelle assemblée où les partis les plus durs sortiront renforcés, surtout côté flamand où selon les derniers sondage les partis indépendantistes sont soutenus par 40% de l’électorat.

Cette nouvelle crise politique est encore plus profonde que celle qui avait ébranlé la Belgique en 2007 et 2008. Elle fait craindre pour l’avenir du pays dans sa forme actuelle.

«Tâche d’huile» francophone Signe de la défiance actuelle entre le nord et le sud du pays, le président du parti indépendantiste flamand NVA, Bart De Wever, a fustigé la mission de Didier Reynders en ces termes: «Cela revient à demander un avis (au pédophile meurtrier) Marc Dutroux sur les bonnes moeurs», a-t-il dit.

Les deux communautés se disputent sur les droits linguistiques des francophones dans la banlieue flamande de Bruxelles.

Cette question, liée au district bilingue français-néerlandais de «Bruxelles-Hal-Vilvorde», dit «BHV», a été à l’origine de la démission du gouvernement, provoquée par le départ de la coalition au pouvoir du parti libéral flamand, l’Open VLD, mécontent de l’absence de progrès.

Les Flamands veulent remettre en cause la plupart des droits linguistiques spéciaux accordés aux quelque 130’000 francophones vivant dans la banlieue flamande de Bruxelles, au nom de l’homogénéité territoriale et linguistique de leur région. Ils entendent stopper l’extension de ce qu’ils perçoivent comme une «tâche d’huile» francophone sur leur sol.

Les francophones exigent d’importantes contreparties pour envisager la limitation de leurs droits.

Un ultimatum «inacceptable» Faute d’accord, les partis flamands menaçaient de toute façon de passer en force jeudi en supprimant d’autorité les droits controversés par un vote en séance plénière à la Chambre, où ils détiennent la majorité. Une menace qu’ils vont tenter à présent de mettre à exécution, même si les partis francophones peuvent encore différer le vote.

Un tel ultimatum a été jugé «inacceptable» par le président du Parti socialiste francophone, Elio Di Rupo.

Le compromis qui était discuté visait à maintenir, en les renforçant, les droits linguistiques des francophones dans seulement six communes de la banlieue flamande de Bruxelles, dite «à facilités», où la population francophone (environ 65’000 personnes) est majoritaire ou importante. Ailleurs, ces droits seraient voués à terme à disparaître.