La Belgique s’enfonce dans une crise sociale

Europe Les syndicats se soulèvent contre le programme d’austérité du gouvernement

Le N-VA, membre de la coalition au pouvoir, tient à son agenda d’une Flandre autonome

Plusieurs services publics, notamment les chemins de fer et la voirie, seront perturbés ce vendredi en Belgique lors d’une nouvelle journée d’actions syndicales. Elle s’inscrit dans le cadre de débrayages spontanés qui culmineront par une grève nationale le 15 décembre prochain. Après la manifestation de jeudi dernier qui avait mobilisé 120 000 travailleurs à Bruxelles – du jamais-vu depuis la Seconde Guerre mondiale –, les syndicats veulent envoyer un message sans ambiguïté: non à l’austérité et non aux réformes.

«Les mesures annoncées par le gouvernement ne sont pas très différentes de celles qui sont en cours dans la zone euro, fait remarquer Dave Sinardet, professeur en sciences économiques et sociales à l’Université libre de Bruxelles. Comme tous les autres pays, la Belgique souffre de déséquilibre budgétaire et d’endettement excessif.» Et d’ajouter: «Le gouvernement mène une politique classique de droite ou de centre droit. Il respecte aussi le vœu de l’électorat qui l’a porté au pouvoir, notamment les Flamands qui sont les plus représentés au sein de l’alliance au pouvoir.»

Les syndicats ont une tout autre vision. Sur la forme d’abord. Ils reprochent au gouvernement qui est en place depuis un mois de ne pas avoir consulté les forces vives. Sur le fond, ils estiment que les mesures préconisées sont inacceptables. Notamment la baisse du pouvoir d’achat pour les salariés et les bénéficiaires d’allocations sociales. Pour cause, le budget 2015 ne prévoit pas d’indexation des salaires. Autres mesures impopulaires: la baisse d’allocation pour les travailleurs au chômage forcé (en cas d’intempéries, par exemple) de 70 à 65% du salaire; l’âge de la retraite relevé à 66 ans en 2025 et à 67 ans en en 2030; des économies de 2 milliards d’euros dans la santé et autant dans les chemins de fer. Globalement, le gouvernement entend supprimer 10 000 postes de fonctionnaires fédéraux durant les sept prochaines années, sans compter les départs qui ne seront pas tous remplacés. Les syndicats ont le sentiment que le gouvernement est plus favorable au patronat. Le budget 2015 prévoit une baisse de cotisations des employeurs pour favoriser la création d’emplois.

Le bras de fer est bel et bien engagé. D’idéologie libérale, la Nouvelle Alliance flamande, N-VA, grand vainqueur des élections de mai dernier et moteur de la coalition gouvernementale, n’a jamais caché sa volonté de voir les syndicats perdre de leur influence. Au lendemain de la manifestation de jeudi qui s’était terminée par des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, son leader charismatique Bart De Wever a accusé les dirigeants syndicaux de «comportement irresponsable». «Ils n’ont aucune alternative, a-t-il déclaré à la télévision belge. Ils veulent que nous copiions la France, mais ce pays est dans une situation infiniment pire que la nôtre.»

«Il y a tout de même quelque chose de particulier avec ce gouvernement», poursuit le professeur Sinardet. Il pointe le fait qu’une seule formation francophone, le Mouvement réformateur fasse partie du pouvoir, alors que la N-VA y joue un rôle prépondérant. «C’est un parti séparatiste selon sa propre constitution, qui prône l’autonomie pour la Flandre», dit-il. Selon lui, le fait qu’il a accepté de mettre le sujet de réformes institutionnelles en veilleuse pendant cinq ans ne change rien à ses intentions.

Ainsi, outre la tension sociale qui va en grandissant, les moindres faits et gestes des élus de la N-VA sont scrutés à la loupe. Le dernier exemple en date: la proposition du président de l’assemblée législative Siegfried Bracke qui souhaite renommer la Commission nationale de la Défense en ôtant «nationale». «C’est une attaque symbolique contre l’unité de notre pays et qui ne repose sur aucun fondement», a protesté la cheffe du groupe socialiste Laurette Onkelinx. «C’est plus qu’un tour de passe-passe linguistique», ont réagi les chrétiens-démocrates. Il s’agit, selon la députée Catherine Fonck, d’une manœuvre qui en dit long sur les réelles intentions de la N-VA. «Ses véritables objectifs restent le déshabillage de la Belgique au profit d’une Flandre indépendante», avance-t-elle. Quelques jours plus tôt, le même Siegfried Bracke avait déclaré sa préférence pour une Belgique à deux têtes: la Wallonie francophone et la Flandre néerlandophone.

Mais des fissures sont déjà apparues cette semaine au sein de la coalition au pouvoir. L’un des ministres chrétien-démocrate flamand a dû se rétracter après avoir dit qu’il était prêt à étudier un impôt sur la fortune. La N-VA l’a rappelé à l’ordre, rappelant que le contrat entre les partis ne prévoyait pas une telle mesure.

«Ses véritables objectifs restent le déshabillage de la Belgique vers une Flandre indépendante»