Le nouveau gouvernement belge a prêté serment samedi dernier. Les premières attaques et les polémiques ont surgi lundi. Pétaradant départ.

Formé quatre mois après les élections, cet exécutif constitue une première depuis longtemps, puisque les socialistes d’Elio Di Rupo, le précédent premier ministre, ont été évincés du pouvoir. L’équipe désormais en place est dominée par les Flamands, elle est composée d’une alliance comprenant en particulier la N-VA, le parti autonomiste du nord, et du Mouvement réformateur (MR), de centre-droit. Le premier ministre Charles Michel vient de ce parti. La formule de ce gouvernement est baptisée «suédoise» en raison des couleurs des partis représentés.

Conclu avant la prestation de serment, l’accord de gouvernement promet aux Belges un moratoire de cinq ans sur les questions dites «institutionnelles», c’est-à-dire l’architecture fédéraliste. Il comprend un catalogue de mesures assez précises pour tenter de revenir à l’équilibre budgétaire, notamment par une hausse de l’âge de la retraite de 65 à 67 ans. Entre autres, La Libre Belgique a listé les principaux points de l’accord.

Le feu aux poudres a été mis lundi dans cette même Libre par une interview du vice-premier ministre Jan Jambon, lequel a glissé, à propos d’allusions à la période de l’occupation allemande: «Je défie quiconque de trouver une phrase, un texte, où je défends la collaboration. La collaboration a été une erreur. Le mouvement flamand a été isolé pendant des dizaines d’années. Mais c’est plus facile à dire après. Les gens qui ont collaboré avec les Allemands avaient leurs raisons. Moi, je ne vivais pas à cette époque-là.»

Au demeurant, il est apparu que Theo Francken, secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration dans le nouveau gouvernement fédéral, et Ben Weyts, ministre de la Mobilité en Flandre, ont participé le week-end dernier à l’anniversaire d’une figure de l’ancien Vlaams Militanten Organisatie, une milice privée d’extrême droite interdite, comme le racontait Le Soir. Au reste, des mails exhumés cette semaine ont jeté des soupçons d’indépendantisme radical et d’homophobie à propos de Theo Francken, qui en sus, sur Facebook, s’était naguère interrogé sur «la valeur ajoutée des Marocains et des Congolais», narrait 7/7.

Tollé. A peine jetés dans l’opposition, PS francophone et flamand ainsi qu’écologistes ont exigé sur le champ la démission des deux responsables mis en cause. L’ancien leader fédéral parle au Soir: «Elio Di Rupo, dans les travées de la Chambre, nous confie: «Tout ça est profondément insupportable et totalement contraire à l’esprit démocratique. Et notez encore que ces comportements inacceptables se produisent avant même que le gouvernement ait la confiance du parlement».» D’abord en retrait, les dirigeants du Centre démocrate humaniste, les chrétiens-sociaux wallons, sont montés aux barricades pour réclamer le départ du secrétaire d’Etat, indiquait La Dernière Heure, «car «chaque minute qui s’écoulera sans les écarter sera une preuve de complicité et d’acceptation d’être aux côtés de personnages homophobes, extrémistes et prônant la fin de notre pays», estiment-ils.»

Au parlement dès mercredi, Laurette Onkelinx, figure du PS, n’a pas lésiné sur les critiques, relatait Sudinfo: «Le bruit des bottes résonne dans votre gouvernement», a-t-elle affirmé devant Charles Michel. «Mettez de l’ordre dans votre gouvernement. Demandez-leur de remettre leur démission», a-t-elle encore lancé, avant de critiquer le programme du gouvernement: «On dirait que le programme de la droite semble tourner sur un vieil Atari ou sur Commodore 64».»

Car immédiatement après les polémiques personnelles, les querelles politiques autour des intentions du gouvernement ont flambé. Longuement: à la Chambre, les débats ont duré de mercredi après-midi à jeudi, 7h du matin, soit 21 heures d’invectives entre les camps. Avec l’agence Belga, la RTBF a jugé que «l’entrée en scène du nouveau gouvernement restera bel et bien dans les annales. La cacophonie qui régnait lors de la déclaration de politique générale a fait place à des débats houleux, mouvementés […].»

Jeudi après-midi, RTL écrivait que «les parlementaires ont achevé la discussion générale, très chahutée, avant d’aborder la discussion thématique». Notamment les sujets du ministère de l’Intérieur et ceux de l’Asile et des migrations, les dicastères détenus par les controversés membres de la N-VA. Début de règne.