Reportage

A la Bellevilloise, les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon résistent à Emmanuel Macron

Dans le XXe arrondissement de Paris, certains mélenchonistes ont voté pour le leader d’En Marche! du bout des lèvres. Beaucoup se sont abstenus et misent sur les législatives

A la Bellevilloise, la France insoumise tient sa réunion de crise. Fief historique de la gauche radicale française, le café situé au cœur du XXe arrondissement incarne «Le Paris de la Liberté depuis 1877». Jean-Luc Mélenchon y a régulièrement donné des meetings. En cette soirée d’élection, la perspective d’un président de «l’extrême finance» à l’Elysée n’enchante guère. Ejectée de la scène principale, la «gauche de la gauche» a néanmoins pesé sur le scrutin. Transformés en vote blanc, reportés sur Emmanuel Macron ou sur Marine Le Pen: que sont devenus les suffrages de la colère?


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Ils sont plusieurs centaines, jeunes pour la plupart, attablés face à l’écran géant installé dans le Forum de la Bellevilloise. Entre deux gorgées de bière, on commente les dernières tendances, l’abstention estimée à 26% à 20h. Vous avez voté? La question est sur toutes les lèvres. Ahmed, pardessus et béret noir, avait Mélenchon dans le cœur, mais s’est résigné. «Un changement radical, bien sûr que c’est ce qu’on espérait, lance-t-il. Mais on s’accommode. Pour contrer le chaos annoncé de l’extrême droite.» Difficile, visiblement, d’assumer tout à fait le vote Macron.

«Je vote par conviction, ou je ne vote pas»

A ses côtés, Ismaël, 28 ans, secoue la tête, les yeux rivés sur le slogan en une du journal Libération de dimanche, ouvert devant lui: «Faites ce que vous voulez mais votez Macron.» Hors de question pour lui de prendre part au front républicain par dépit. «Je vote par conviction, ou je ne vote pas.» Pas de bulletin dans l’urne, donc.

Le rejet: la tendance s’était déjà observée au bureau de vote de l’école primaire voisine, quelques heures plus tôt. Les sorties effectuées sous la pluie fine. Le pas pressé, le visage fermé. On arrache un «Macron… pour lui laisser une chance», un «devinez pour voir» et un «ça ne vous regarde pas» agacé. Impossible de savoir combien de «ni-ni» sont glissés dans l’urne. A l’issue du premier tour, le tribun Mélenchon, fort de 19,58% des voix, avait renoncé à donner une consigne de vote, renvoyant dos à dos le leader d’En Marche! et la candidate d’extrême droite.

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Au Café La Laverie, proche du Père Lachaise, quatre copains originaires de Nouvelle-Calédonie annoncent la couleur: deux votes blancs et deux abstentions. «La VIe République, j’y croyais, lâche Marin, cigarette au bout des doigts. Aujourd’hui c’est la désillusion, le début d’un quinquennat gouverné par l’argent.» Son camarade Charles a voté blanc lui aussi. Cet entrepreneur en développement web a déjà basé son entreprise hors de France. «Macron vend un faux renouveau, ça ne fait pas envie.»

A deux pas de là, au Lieu-Dit, «café culturel et engagé», la pilule Macron est amère mais a passé. Dans la file d’attente du bureau de vote, Ingrid a changé trois fois d’avis avant de «céder». Un verre de blanc à la main, elle tente à présent de se rassurer. «Le premier tour a fait bouger les lignes. Il a montré qu’il fallait compter avec les Insoumis.» L’objectif majeur désormais? «Peser dans la recomposition politique qui se jouera aux législatives des 11 et 18 juin.» A ses côtés, un ami ajoute: «La résistance commence demain, on va rappeler à Macron que son livre programme s’appelle Révolution!»

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