Journalisme

Bellingcat, le site qui aligne les révélations sur l’affaire Skripal

Le site Bellingcat créé par le blogueur britannique Eliot Higgins est un pionnier de l’investigation de matériel publié en ligne. Pour chacun de ses posts, il explique sa démarche, espérant susciter de nouvelles vocations

Jeudi, la presse britannique était unanime à mettre en une l’identité réelle d’un des deux suspects de l’empoisonnement de l’ancien espion Sergueï Skripal et de sa fille. Pourtant, le scoop ne venait pas des médias traditionnels mais d’un site d’investigation en ligne, méconnu du grand public. Bellingcat, qui a travaillé sur cette affaire en collaboration avec le site russe Insider, ne cesse de gagner en notoriété au fur à mesure de ses révélations.

Créé en 2014 par le blogueur britannique Eliot Higgins, le site s’est spécialisé dans la recherche d’informations disponibles sur internet et les réseaux sociaux. Avant de fonder Bellingcat, le blogueur amateur Eliot Higgins était obnubilé par la guerre en Syrie. Un conflit dont les journalistes sont écartés mais qui est abondamment filmé par ses protagonistes grâce aux téléphones portables. N’ayant jamais mis les pieds en Syrie, Eliot Higgins s’est ainsi intéressé aux images ou vidéos de munitions utilisées par le régime syrien. Ce qui l’a amené à accuser l’armée de Bachar el-Assad pour les attaques chimiques dans la périphérie de Damas en 2013, qui avaient failli provoquer une intervention occidentale.

Dans le viseur russe

La Syrie est toujours l’un des domaines de prédilection du site, raison pour laquelle il se heurte de plus en plus frontalement à la Russie, protectrice de Damas. Bellingcat, qui ne compte plus seulement sur des contributeurs volontaires, s’est aussi penché sur l’origine du missile qui a abattu le vol MH17 au-dessus de l’Ukraine en 2014. Et de pointer la responsabilité de Moscou, après avoir tracé les véhicules lanceurs de missiles. Des conclusions confirmées par l’enquête des Pays-Bas, qui avaient perdu de nombreux ressortissants dans la catastrophe.

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Depuis ses révélations sur l’affaire Skripal, les Russes accusent Bellingcat d’être un appendice du gouvernement britannique, lequel a toujours désigné Moscou comme le commanditaire de l’empoisonnement de l’ex-espion. Début septembre, sur la base d’images de vidéosurveillance, les autorités britanniques avaient lancé des mandats d’arrêt contre deux Russes. Selon Londres, Alexander Petrov et Ruslan Boshirov étaient des noms d’emprunt qui cachaient des agents du service des renseignements militaires, le GRU.

Les deux suspects étaient ensuite apparus à la télévision russe pour tenter de se disculper. Ils affirmaient être venus à deux reprises en touristes à Salisbury «pour visiter la cathédrale». Pour identifier l’un d’entre eux, Bellingcat explique avoir d’abord recherché sur l’internet russe d’autres photos des deux hommes. Les enquêteurs ont ensuite affiné leurs recherches en ciblant les promotions des académies militaires, où auraient pu être ciblés ces agents présumés. C’est ainsi qu’ils sont remontés jusqu’au colonel des GRU Anatoliy Chepiga.

Pour désamorcer les critiques, Bellingcat dévoile pour chacun de ses coups ses méthodes d’investigation. Car le site vise à susciter de nouvelles vocations. De fait, l’investigation de matériel publié en ligne devient un champ du journalisme à part entière. En utilisant des instruments de géolocalisation, la BBC vient par exemple d’authentifier une vidéo d’une exécution sommaire au Cameroun, que le gouvernement qualifiait de fake news. L’un des journalistes à l’origine de ces révélations est d’ailleurs un contributeur de Bellingcat.

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