Revue de presse

Ben Ali leader à Tunis, comme d’habitude

On prend le même et on recommence: le président tunisien sortant Zine el-Abidine Ben Ali a été réélu pour un cinquième mandat dimanche avec 89,62% des voix, selon les résultats définitifs affichés ce lundi à l’aube au Ministère de l’intérieur

On prend le même et on recommence: le président tunisien sortant Zine el-Abidine Ben Ali a été réélu pour un cinquième mandat dimanche avec 89,62% des voix.

Au pouvoir depuis vingt-deux ans après avoir déposé son prédécesseur Habib Bourguiba (lire ci-dessous), le président tunisien, 73 ans, avait promis, relève le site d’Europe 1, qu’une fois réélu, il garantirait «plus de démocratie»: «L’étape à venir verra l’Etat soutenir davantage les partis politiques, la presse et les médias en général.» Soutenir les journaux? Comme le premier quotidien du pays, par exemple? La Presse, qui écrivait sans rire lundi matin: «Grands moments privilégiés hier en Tunisie. Encore une fois, la grande Histoire était au rendez-vous. Les élections présidentielle et législatives ont livré leur secret. Le peuple a fait son choix en toute souveraineté». «En cette heureuse occasion», le journal «s’honore de présenter ses chaleureuses félicitations au président Ben Ali ainsi qu’au peuple tunisien qui a encore une fois fait montre de maturité politique et s’apprête à vivre une nouvelle étape sur la voie du progrès démocratique.»

C’est d’ailleurs la tonalité qui domine généralement dans les journaux tunisiens, dont on mesurera «l’indépendance» en allant faire un tour sur le portail Tunisiepresse… Voilà pourquoi, poursuit Europe 1, «les organisations de défense des droits de l’homme jugent que le système politique tunisien ne présente qu’un vernis de démocratie et affirment qu’il réprime durement toute opposition. Une accusation que le gouvernement récuse farouchement.»

Farouchement, c’est le mot, puisque le président a accusé samedi, selon Le Monde, «une minorité infime de Tunisiens» de recourir à des «allégations mensongères» pour mettre en doute les résultats des élections: ils «n’éprouvent aucune gêne […] à s’en remettre à l’étranger pour quérir le soutien de parties extérieures qu’ils incitent à faire campagne contre leur propre pays»; ils «n’ont pas respecté le caractère sacro-saint de la patrie, ni son intégrité».

Profitons donc, les amis, se moque un blogueur tunisien, «de ces dernières heures où la planète […] assiste en direct […] à cette énorme mascarade électorale. Réjouissons-nous de ces derniers moments avant que les rideaux tombent et que nous nous retrouvions seuls avec notre père fouettard. Celui-ci attend que nos invités et observateurs internationaux partent de la maison pour préparer aux petits turbulents de notre espèce une belle raclée bien méritée.»

A Tunis, on vote Ben Ali «par habitude», commente pour sa part Nord-Eclair dans un reportage sur place: «Je vote Ben Ali par habitude»: Abdelkrim explique ainsi son choix. Chauffeur de taxi, la cinquantaine, il est venu […] accomplir son «devoir» dans les urnes. Les trois «autres candidats à la présidentielle, je ne les connais pas. Ce sont des Tunisiens qui aiment sûrement leur pays. Mais ils ne sont pas connus». Et non loin de là, dans un café, «on parle de tout sauf de politique». «Ah! les élections sont aujourd’hui?» demande un jeune homme d’un air penaud. […] Mounir, lui, se dit actif dans le Parti social libéral (opposition) mais il appuie la candidature Ben Ali: «Après des années dans l’opposition, je suis dégoûté et je me suis rendu compte que ces partis n’ont ni le niveau ni les moyens de changer quoi que ce soit.» Les résultats «auraient pu être publiés la veille» du scrutin car «il y a un homme qui court seul et trois autres qui se disputent des miettes».

Ces ramasseurs de miettes – Mohamed Bouchiha du Parti de l’unité populaire, Ahmed Inoubli de l’Union démocratique unioniste et Ahmed Brahim du Mouvement Ettajdid – savaient qu’ils n’avaient «aucune chance de gagner cette élection», écrit Le Temps d’Algérie. Donc, «la tradition aura été respectée jusqu’au bout», ironisent Les Afriques, même si «les ONG et les médias occidentaux dénoncent une mascarade». Une mascarade que commente Business News ainsi: «Les uns y voient une démocratie qui s’exprime, les autres y voient une population qu’on étouffe. Les uns ne cessent de mettre en exergue ce qui a été réalisé, les autres n’arrêtent pas de montrer ce qui ne l’est pas encore. […] Au milieu de cette cacophonie médiatique, le chef de l’Etat continue son chemin. La Tunisie émerge du lot et c’est indéniable.»

Depuis qu’il occupe ses fonctions, analyse enfin avec tout autant de lucidité Le Journal des stars, «Ben Ali a travaillé à asseoir un règne sans partage, réduisant au silence ou à sa plus simple expression toute velléité de contestation de son pouvoir à vie: droits de l’homme bafoués, opposants bâillonnés, journalistes embastillés, un Etat policier en résumé. Ce n’est pas l’organisation régulière d’élections qui peut masquer la dictature de velours que vivent les Tunisiens, tellement muselés qu’ils rongent leur colère dans le silence. Mais, malgré les tares démocratiques que connaît la Tunisie, à l’image d’autres pays comme l’Egypte, les Occidentaux ne sont pas regardants sur la vie politique, l’essentiel pour eux étant la stabilité et la maîtrise de l’hydre islamiste.» «Ben Ali forever», en somme, conclut Slate. 

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