Le président tunisien Zine el Abidine ben Ali a quitté la Tunisie pour se rendre vraisemblablement à Paris ou Malte, a annoncé vendredi une source officielle. Le premier ministre Mohammed Ghannouchi assure l’intérim de la présidence. Il a lancé vendredi soir un appel à l’unité des Tunisiens, toutes sensibilités confondues, en annonçant qu’il assume désormais le pouvoir.

«Comme le président est temporairement dans l’incapacité d’assumer ses devoirs, il a été décidé que le Premier ministre exercerait provisoirement ses fonctions», a déclaré à la télévision Mohammed Ghannouchi.

Il s’est ensuite engagé à «respecter la Constitution» en annonçant vendredi soir qu’il assumait la charge suprême du pays. «Je m’engage à respecter la Constitution et à mettre en oeuvre toutes les réformes sociales et politiques […] qui ont été annoncées en collaboration avec les partis politiques et les composantes de la société civile», a-t-il déclaré. Il a fait son annonce entouré du président de la chambre des députés, Fouad Mebazaa et de celui de la chambre des conseillers Abdallah Kallal.

Les Etats-Unis ont invité les autorités tunisiennes à tenir les promesses faites par Ben Ali, et notamment à respecter les droits de l’homme et à procéder à des réformes politiques. La Maison blanche a condamné d’autre part les violences et indiqué qu’elle suivait de près la situation.

Plus tôt, le gouvernement tunisien a annoncé avoir décrété l’état d’urgence dans l’ensemble du pays avec un couvre-feu de 18h00 à 06h00 du matin, l’interdiction des rassemblements sur la voie publique et l’autorisation donnée à l’armée et à la police de tirer sur tout «suspect» refusant d’obéir aux ordres.

Préalablement, le président Ben Ali avait décidé vendredi de limoger son gouvernement et d’appeler à des législatives anticipées dans six mois.

M. Ghannouchi, cité par l’agence officielle TAP, a indiqué que le président Ben Ali a décidé «dans le cadre de mesures (d’apaisement) annoncées jeudi soir, de limoger le gouvernement et d’appeler à des élections législatives anticipées dans six mois». Il a ajouté avoir été chargé de former le nouveau gouvernement.

Voulant désamorcer les tensions nées des troubles et de leur répression qui ont déjà fait au moins 66 morts dans le pays, selon une ONG, le président Ben Ali s’est engagé jeudi à ne pas briguer de nouveau mandat présidentiel, de démocratiser le pays et de faire cesser les tirs contre les manifestants.

Il a également affirmé avoir ordonné la levée de toute censure sur la presse et sur internet qui étaient très surveillés.

Autre mesure: la baisse des prix de produits et de services de première nécessité promise jeudi par M. Ben Ali a été suivie vendredi par la publication d’une liste de 19 de ces produits qui vont du pain au sucre en passant par le gaz à usage domestique dont les prix ont été révisés à la baisse.

Mais Tunis et certaines villes de provinces ont connu vendredi des manifestations de masse pendant lesquelles la foule a demandé le départ du chef de l’Etat tunisien au pouvoir depuis 23 ans.

La grande manifestation de Tunis vendredi a été dispersée par la police à coups de gaz lacrymogènes alors qu’elle s’était déroulée sans incident majeur pendant une bonne partie de la matinée et le début de l’après-midi.

Le ministre tunisien sortant des Affaires étrangères, Kamel Morjane, a estimé vendredi sur la radio française Europe 1 que la formation dans son pays d’un gouvernement d’union nationale était «tout à fait faisable» et «même normale».

Interrogé par téléphone depuis Paris sur la possibilité d’un gouvernement d’union nationale, il a répondu: «Avec le comportement de gens comme M. Néjib Chebbi, je crois que c’est faisable, c’est même tout à fait normal».

Le ministre faisait référence à Mohammed Néjib Chebbi, chef historique du Parti démocratique progressiste (PDP), formation légale d’opposition mais non représentée au Parlement.

La France a encouragé vendredi le président Ben Ali à poursuivre dans la voie de «l’ouverture politique».

«Nous avons écouté attentivement les mesures annoncées par le président Ben Ali pour ramener le calme et faire retomber la violence, et les décisions annoncées en faveur de l’ouverture politique et démocratique. Nous encourageons les autorités tunisiennes à poursuivre dans cette voie afin de répondre aux attentes que le président Ben Ali a entendues», a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Bernard Valero lors d’un point-presse.