Delray Beach, Floride. Le bungalow rose est situé dans un vaste parc où l’herbe est un peu trop verte et où les maisons de vacances ressemblent à des gâteaux fondant au soleil. Devant la porte, une Buick Century porte une inscription sur sa plaque minéralogique: «Law, not war» (la loi, pas la guerre). Le slogan hippie n’était-il pas «Make love, not war»? Oui, mais il s’agit de la voiture de Ben Ferencz, aujourd’hui âgé de 100 ans. Lorsqu’il en avait 27, il a été nommé procureur en chef de l’un des procès de Nuremberg contre les nazis. Un procureur excentrique car il était moins intéressé par la poursuite des nazis que par la question de la prévention de tels crimes à l’avenir. Il rêvait d’une Cour pénale internationale. Il y a consacré des livres, a milité pour sa création. Elle est devenue réalité.

Ben Ferencz est désormais le dernier procureur de Nuremberg encore en vie. Il travaille encore chaque jour – c’est en tout cas ce qu’il affirme – et donne des conférences autour du monde. «Entrez, M. Ferencz est dans son bureau», dit la dame péruvienne qui ouvre la porte. Elle est ici avant tout pour prendre soin de Gertrude, âgée de 101 ans, qui dort sur le canapé. Ben Ferencz a l’air frais aujourd’hui. Ce petit homme de 1 m 52 porte une chemise bleue et un pantalon de jogging. Il nage chaque jour, comme on peut le voir dans le film Prosecuting Evil qui lui a été consacré il y a deux ans. Il tente aussi de faire 100 pompes chaque matin. «J’en ai fait 75 ce matin, dit-il. Mais parfois je dépasse la centaine. Un journaliste du quotidien local est venu me voir le mois dernier et j’en avais fait 115 ce matin-là. Mais lorsque j’ai lu l’interview, j’ai vu qu’il était mentionné «15 pompes». J’ai immédiatement appelé la rédaction, bien sûr.»