Des centaines de New-Yorkais se sont rassemblés dimanche soir à Ground Zero, le site des tours jumelles détruites le 11 septembre 2001 dont Le Point évoque le souvenir tragique, et à Times Square, au cœur de Manhattan, pour fêter l’annonce de la mort du terroriste le plus recherché de la planète, Oussama ben Laden, tué dimanche au Pakistan lors d’une opération commando américaine, mettant ainsi fin à une longue traque, de dix années. C’est le président Barack Obama himself qui a annoncé la nouvelle (voir la vidéo YouTube, notamment reprise par Le Monde).

«Le monde était son champ de bataille», titre à chaud Le Figaro, selon lequel «ce fils de bonne famille, initié aux thèses islamistes en Syrie, s’est illustré dans la lutte contre les Soviétiques en Afghanistan avant de présider une sorte de franchise internationale du terrorisme mondialisé, sans réel but politique, qui se réclamait de lui. Icône médiatique mondialisée, le fantomatique dirigeant d’Al-Qaida avait fondé un mouvement religieux et politique construit autant sur l’action terroriste que sur sa représentation.»

Cette disparition, constate la revue de presse de France Info, «évidemment ça n’est pas dans les journaux, mais décidément le monde est en train de tourner une page… Un petit bilan des derniers jours et des derniers mois: on solde les comptes du passé… Impressionnant ce que le monde a vécu depuis le début de l’année, comme s’il était urgent de se mettre à la page, comme pour les ordinateurs, on reconfigure, on fait la mise à jour… Une grosse mise à jour…» C’est aussi et évidement la une des sites d’information de tous les grands journaux américains… «Ben Laden est mort», titre en capitales le New York Times; et juste un mot pour le Huffington Post, en rouge sang: «DEAD».

Toujours sur France Info, selon le site Media Decoder, «quelques rares journalistes américains avaient reçu un message de la Maison-Blanche. […] Juste ces quelques mots: «Préparez-vous à bosser»… Twitter a ensuite brisé l’embargo, explique le site TechCrunch: «La première indiscrétion […] est venue d’un officiel américain […] avant de ricocher sur le Web américain puis mondial… Quelques commentaires à chaud sur Twitter: la mort de Ben Laden, qu’est-ce que ça change, en vrac rien: Ben Laden est mort mais pas Al-Qaida… Mais pour beaucoup d’internautes, Obama vient de gagner la prochaine présidentielle. Moins sérieux, comment les Américains ont trouvé Ben Laden, parce qu’il avait oublié de désactiver la géolocalisation de son iPhone…»

«Pour le spécialiste du terrorisme du monde arabe Antoine Basbous, l’opération menée par les Etats-Unis […] a [plutôt] été rendue possible par «un changement de ton au Pakistan» car auparavant, le leader terroriste trouvait «beaucoup d’alliés au sein des services pakistanais qui le protégeaient», a-t-il analysé […] sur Europe 1. Il estime que «jusqu’alors, comme tous les dirigeants d’Al-Qaida, Ben Laden faisait croire qu’il se trouvait dans les montagnes afghanes pour tromper ses ennemis. «Il s’agissait d’une ruse, ils avaient une autre vie au Pakistan».»

«La meilleure façon de se cacher était sans doute de mener une vie normale dans un endroit où on ne vous cherche pas», estime quant à lui le spécialiste des questions de terrorisme Jean-Dominique Merchet, sur RMC, information répercutée par Le Post. «La plus grande difficulté de ce genre d’opérations était d’obtenir un renseignement précis, que Ben Laden soit présent à telle heure précise dans ce lieu. Une fois qu’on a cette information, l’opération est relativement simple à monter.» Sur les images diffusées par Al-Jazira, «on voit une maison en feu. Des membres de la famille de Ben Laden auraient été blessés lors de l’assaut.» Par ailleurs, une photo très contestée du corps de Ben Laden a circulé sur les télés du monde entier. Et «Obama a laissé clairement entendre que les services secrets pakistanais avaient aidé (en trahissant?) le chef d’Al-Qaida. On peut se poser la question de savoir si les Américains ont vraiment cherché à arrêter Ben Laden, où s’il était moins dangereux politiquement mort que vivant. […] S’il avait été arrêté, il aurait fallu le juger… De cette manière-là, l’affaire est réglée», estime Merchet. «Est-ce que c’est moral? C’est une autre question.»

«Sur Facebook, les 100 000 membres du groupe «Ben Laden champion du monde de cache-cache» se cherchent ainsi un nouveau champion…» Alors qu’invité de la radio genevoise One FM, le politologue et directeur du Centre pour la gouvernance internationale auprès de l’HEID, Daniel Warner, estime que cet assassinat est une «erreur grandiose» des forces américaines: «C’est une idée très traditionnelle: on coupe la tête de l’adversaire et toute l’organisation va couler. Mais c’est exactement le contraire et ça ne va rien changer! Certains vont vouloir prendre leur vengeance.» Car «des fidèles de Ben Laden tenteront sans doute d’organiser des représailles pour venger la mort de leur leader, estime Rue89. Mais ce dernier ne sera pas forcément transformé en martyr.»

Les révolutions arabes, et la formidable aspiration à la liberté et à la démocratie qu’elles ont permis d’exprimer, auraient donné un sacré coup de vieux à l’idéologie d’Al-Qaida? C’est un avis que partage en tout cas le correspondant à Paris de la Tribune de Genève: «Oussama ben Laden fait partie de ces rares criminels de l’Histoire dont l’annonce du trépas est saluée. Il a vécu par l’épée. Et c’est par l’épée qu’il a péri. Mais la vraie mort du chef d’Al-Qaida n’est pas le fait d’une section hyperprofessionnelle de l’armée armée des Etats-Unis. Ce sont les révolutions arabes qui ont porté un coup fatal à son programme de haine régressive.»