Une foule éplorée de dizaines de milliers de personnes a assisté vendredi aux funérailles de Benazir Bhutto, assassinée la veille au soir lors d'un attentat-suicide dans la banlieue d'Islamabad. Celle qui fut deux fois premier ministre et qui avait retrouvé le sol pakistanais en octobre après huit ans d'exil a été inhumée dans le mausolée familial près de la ville de Larkana dans le sud du pays, dans la province de Sind, le fief de la dynastie Bhutto.

Dans l'après-midi, les autorités pakistanaises ont évalué à 32morts le bilan des émeutes qui ont embrasé le «pays des purs» dès l'annonce de la mort de Benazir Bhutto. Ces mêmes autorités ont indiqué avoir intercepté un appel téléphonique prouvant que Al-Qaida était responsable de l'attentat. Elles ont déclaré à l'AFP détenir une preuve «irréfutable» que la mouvance terroriste voulait déstabiliser le Pakistan. Elles ont enfin précisé que Benazir Bhutto était décédée en heurtant le toit de sa voiture et non pas des suites de blessures par balle ou par éclat de bombe.

«C'est le chaos dans les villes. La population est prise dans un mouvement d'émotion comme il peut s'en produire en Asie du Sud. Des banques, des stations-service et des voitures sont brûlées», explique Mariam Abou Zahab, spécialiste du Pakistan. Les forces de sécurité ont reçu l'ordre de faire feu sur les émeutiers.

Dans ces circonstances, le président Musharraf doit décider ou non de maintenir les élections législatives prévues le 8 janvier, et pour lesquelles Benazir Bhutto menait campagne en leader de l'opposition. «Sous la pression internationale, Pervez Musharraf a intérêt à laisser entendre que les élections auront lieu», juge Mariam Abou Zahab. Mais Nawaz Sharif, l'autre figure de l'opposition au président, rentré lui aussi d'exil récemment, a exhorté Pervez Musharraf à la démission. Il exige un report des élections, qu'il boycottera et dont le maintien mènerait le Pakistan sur «sur le chemin de l'autodestruction».

«L'incertitude est totale, il faut attendre quelques jours que la poussière retombe», poursuit Mariam Abou Zahab. Selon elle, «ce scénario est le pire pour Pervez Musharraf. Il en ressort très affaibli et, de ce fait, la thèse selon laquelle il pourrait être impliqué dans l'attentat est stupide.» Autre interrogation en suspens: qui succédera à Benazir Bhutto à la tête du Parti du peuple pakistanais (PPP), fondé par son père Zulfiqar Ali Bhutto en 1967? «Le PPP est l'affaire d'une famille, la sienne. Elle était présidente à vie et le parti était organisé autour de sa personne. Pour l'instant il est perdu, même si l'on songe au secrétaire général Makhdoom Amin Fahim, qui s'était occupé du PPP jusqu'au retour de Benazir Bhutto, pour prendre la suite», précise Mariam Abou Zahab. Une certitude selon elle, le PPP «a un intérêt objectif à ce que les élections aient lieu, pour profiter de «l'effet martyre». Un ajournement risquerait en revanche d'attiser l'agitation de la rue.