France

Benjamin Griveaux, l'homme de Macron pour Paris

L’ancien porte-parole du gouvernement français a été désigné mercredi soir candidat du mouvement La République en marche pour la mairie de Paris. Le mathématicien Cédric Villani n’a pas réussi à le déboulonner

L’équation du pouvoir municipal à Paris s’est avérée insoluble pour le député-mathématicien Cédric Villani. Star des mathématiques mondiales, le parlementaire de l’Essonne (banlieue parisienne) rêvait d’incarner le renouveau version Macron dans la capitale française, lors des municipales de mars 2020. Las. La politique traditionnelle, tant vilipendée par le président de la République, a repris ses droits.

Réunie mercredi à Paris, après avoir auditionné mardi les candidats, la commission d’investiture de La République en marche (LREM) lui a préféré Benjamin Griveaux, un apparatchik parfait, transfuge du Parti socialiste, au sein duquel il accompagna entre autres Dominique Strauss-Kahn. Pilier de la campagne présidentielle, puis porte-parole du gouvernement entre juin 2017 et mars 2019, le nouveau candidat à la mairie de Paris est, à 41 ans (il est né à quelques jours de différence d’Emmanuel Macron, en décembre 1977), un homme de réseaux, bien connecté notamment aux milieux d’affaires. Il travaillait, avant de rejoindre l’écurie Macron, pour le groupe d’immobilier parisien Unibail-Rodamco, propriétaire de grands centres commerciaux. Son épouse, l’avocate Julia Minkowski, est associée à Me Hervé Temime, qui vient d’obtenir l’acquittement au pénal de l’homme d’affaires controversé Bernard Tapie.

Rachida Dati aussi en course

Cette désignation – que Cédric Villani a plutôt mal accueillie, lâchant un tweet dépité avant la décision (un troisième candidat, Hugues Renson n’avait guère de chances) – est la seconde étape de la course de fond entamée par le mouvement macronien face à la maire de Paris sortante, la socialiste Anne Hidalgo. La première avait été, au printemps, le lancement dans la bataille parisienne de deux ministres: celui du numérique, Mounir Mahjoubi, et Benjamin Griveaux, rejoints ensuite par Cédric Villani. La prochaine étape sera la constitution de l’équipe de campagne du désormais candidat officiel LREM, dont la cote de popularité auprès des Parisiens n’est pas bonne.

Entre 20 et 25% des électeurs sont prêts à voter pour lui au premier tour en mars 2020 selon les sondages, alors qu’Anne Hidalgo obtiendrait entre 25 et 30% des voix. La maire de Paris, très critiquée pour sa gestion résolument anti-automobiles de la capitale – en pleins travaux depuis plus d’un an, en particulier pour construire des pistes cyclables – est aussi contestée sur sa droite. La candidate la plus agressive, de ce côté-ci, est la maire du VIIe arrondissement (celui des ministères et de l’ambassade de Suisse), Rachida Dati, ancienne ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy.

Pas de bataille trop symbolique

Le dilemme pour Emmanuel Macron est de ne pas faire de Paris une bataille trop symbolique afin d’éviter d’être atteint si son candidat perd. L’autre objectif du président français est de démontrer de nouveau, lors de ces municipales, qu’il écoute les territoires et que son mouvement continue de rassembler. Benjamin Griveaux a donc devant lui quelques mois pour formaliser une liste d’union crédible.

Les regards se tournent notamment vers des candidats isolés mais médiatiques comme Gaspard Gantzer, l’ancien porte-parole du président François Hollande. Ce dernier dispose de solides réseaux dans les médias et défend une idée un peu saugrenue, mais qui fait mouche: la suppression du boulevard périphérique qui ceinture Paris depuis les années 1970, source d’importants embouteillages et d’une pollution automobile problématique. Le «périph» est souvent cité comme la frontière infranchissable entre la capitale et sa banlieue, symbole d’exclusion des populations défavorisées de la couronne parisienne.

Des bidonvilles dans les quartiers nord

Au-delà, l’enjeu de cette élection est l’avenir d’une métropole d’environ deux millions d’habitants (intra-muros) dont le prestige international n’a d’égal que l’état très aléatoire de ses infrastructures, et la prolifération de difficultés sociales comme la cherté de l’immobilier, l’accueil impossible des migrants, ou la hausse problématique de la criminalité. Tandis qu’Emmanuel Macron continue de vouloir «transformer la France», Paris offre, dans ses quartiers nord et en particulier du côté de la Porte de la Chapelle, au pied du Stade de France, un spectacle digne d’une métropole émergente, avec des bidonvilles accrochés aux remblais du «périph» et des zones de non-droit squattées par le trafic de drogue.

Autre enjeu de taille: comment intégrer la capitale et ses vingt arrondissements dans le plan «Grand Paris» entre la ville et sa banlieue, prévu pour être achevé en 2024, pour l’accueil des Jeux olympiques d’été? Un chantier de 35 milliards d’euros, 68 gares et 200 kilomètres de tunnels pour lequel les entreprises helvétiques candidates étaient justement reçues ce même mercredi à l’ambassade de Suisse à Paris... 

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