International

Benjamin Haddad: «Donald Trump n’est pas un accident de l’histoire»

Le chercheur, invité au Forum Horizon, évoque le «phénomène Trump». Contre toute attente, le Français installé à Washington décèle une certaine continuité avec Barack Obama

Tout prédisait l’échec de Donald Trump avant son élection en 2016. «Il n’a aucune chance de se faire élire», annonçait l’entourage professionnel de Benjamin Haddad, directeur Europe du Think tank The Atlantic Council. Ce Français expatrié à Washington relève que la capitale américaine n’a rien vu venir au phénomène populiste grandissant dans le reste du pays.

Il propose de regarder en profondeur le phénomène Trump afin de donner des éléments d’explication et de présenter un regard sur l’année électorale qui s'ouvre.

Une récente interview: Benjamin Haddad: «Les Européens doivent se réarmer politiquement»

Contextualiser Trump

«Penser que Trump est une parenthèse, un accident de l’histoire et que tout va revenir à la normale une fois son mandat terminé s’avère erroné», souligne le chercheur. «Il est certes imprévisible, pour ceux qui ne le prenne pas au sérieux, mais s’avère cohérent dans sa politique si l’on observe le temps long. Nous pouvons notamment souligner une certaine forme de continuité avec son prédécesseur Barack Obama et ce, malgré des styles personnels très différents.»

En termes de continuité, aux yeux du chercheur, autant Barack Obama que Donald Trump se sont opposés à la guerre en Irak. «De plus, les deux locataires de la Maison-Blanche partagent l’idée d’une Amérique qui doute de sa puissance et de son leadership, et qui vit le contre coup de la fin de la Guerre froide. Ils remettent en question la notion d’exceptionnalisme».

Opposé à la création d’un ordre libéral international comme vecteur de puissance des États-Unis, Donald Trump promeut une logique de rapports de force où son pays serait gagnant. «Il y a une forme de cohérence dans son discours», note Benjamin Haddad.

De quoi sera fait 2020

La politique américaine est marquée par la procédure d’«impeachment» à l’encontre du président. Pour le chercheur, le résultat de cette procédure est prévisible: «Le Sénat va acquitter le président. La réelle question est celle de la dimension politique.» Il ajoute que depuis le début de la procédure, Donald Trump est remonté dans les sondages et a pu ressouder sa base électorale. «Cette procédure d’impeachment se révèle très risquée pour les démocrates, car elle met Trump au centre du débat médiatique au détriment du débat politique», explique-t-il.

Notre éditorial en décembre 2019: Impeachment, ou la mise à nu des divisions  

Mises en garde

En matière de politique étrangère, Donald Trump a tenu ses promesses. Il a retiré son pays de l’Accord de Paris et a notamment reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël. Un message fort pour son électorat chrétien.

Benjamin Haddad note que le président américain a durci son discours commercial vis-à-vis de l’Europe. Il manifeste également la volonté de continuer le retrait des troupes militaires américaines des théâtres de guerre tels que l’Irak, l’Afghanistan ou encore le Sahel. «Trump avait annoncé à plusieurs reprises son désir d’évacuer ses troupes du Nord-Est de la Syrie. C'est chose faite. Les États européens ont été surpris et ne se sont pas organisés en conséquence», souligne Benjamin Haddad. A ses yeux, l'Europe doit apprendre à traiter avec des Etats-Unis distants et repliés sur eux-mêmes. 


Une autre intervention au Forum Horizon 2020: Andrea Pilotti: «Je ne m’attends pas à des bouleversements dans la gestion des dossiers financiers au parlement»

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