La décision du Cabinet restreint israélien, jeudi, de fermer des bureaux à la Maison d'Orient – siège des institutions palestiniennes à Jérusalem – fait des vagues dans la classe politique. L'annonce est intervenue au lendemain d'une rencontre entre Fayçal el-Husseini, représentant de l'Autorité palestinienne dans la Ville sainte, et une trentaine de consuls étrangers, qui s'était précisément déroulée à la Maison d'Orient. «C'est une mesure de rétorsion envers la rencontre elle-même et les paroles de Fayçal el-Husseini prononcées à cette occasion», dit-on dans l'entourage du premier ministre israélien. Fayçal el-Husseini avait accueilli les consuls par ces mots: «Bienvenue à Jérusalem, capitale de la Palestine.»

Des propos qui auraient plongé Benjamin Netanyahou dans une colère noire. Il y verrait, à trois semaines des élections israéliennes, une «provocation majeure destinée à affaiblir la position d'Israël à Jérusalem». D'où la réunion urgente du Cabinet restreint jeudi après-midi. Cependant, la décision de fermeture de plusieurs bureaux de la Maison d'Orient ne sera mise à exécution que dans quelques jours – le temps pour le directeur de la Maison d'Orient de faire appel devant la Cour suprême d'Israël.

Déjà le mois dernier, quand le gouvernement israélien avait ordonné la fermeture des bureaux de l'agence de presse palestinienne Wafa à Jérusalem, il était apparu clairement à la Cour suprême que les arguments du procureur général manquaient à la fois de base juridique et, tout simplement, de logique. Les journalistes de l'agence Wafa détenaient presque tous une carte d'accréditation de l'Office de presse gouvernemental qui leur donnait accès, entre autres, aux débats de la Knesset.

La Cour suprême d'Israël vient par ailleurs de se prononcer sur le retrait de leur carte d'identité à des milliers de Palestiniens de Jérusalem, qui, pour une raison ou une autre, ont quitté momentanément la cité sainte pour d'autres cieux. Cinq juges de la Cour suprême, dont son président, Aharon Barak, ont exigé du Ministère de l'intérieur de revoir les conditions du retrait de la carte d'identité pendant les années 89-91. Sans ce document qui entérine la qualité de résidant, les autorités israéliennes ne permettent plus à ces Palestiniens de se réinstaller dans leur ville natale. Selon le Centre d'information alternatif, dirigé par Michel Warshavski, fils de l'ex-grand rabbin de Strasbourg, des milliers d'autres Palestiniens se sont aussi vus privés de leur statut de résidant pendant les années 94-95. Porte de Damas, jeudi, des manifestants brandissaient des pancartes condamnant «l'épuration ethnique à Jérusalem».

«Erreur tragique»

La décision gouvernementale de fermer des bureaux à la Maison d'Orient a provoqué de multiples réactions dans l'éventail politique israélien. A l'extrême droite, Benny Begin tourne en dérision la «fermeté soudaine» du premier ministre Netanyahou. «Il y a trois ans, déjà il promettait la fermeture de la Maison d'Orient, mais il ne s'agissait que d'une velléité…» dit Begin. A l'extrême gauche, le pacifiste Yossi Sarid parle d'«erreur tragique» sur fond de campagne électorale. Quant au président de l'Etat d'Israël, Ezer Weizmann, tout en réaffirmant que Jérusalem restera à jamais capitale d'Israël, il critique ouvertement une «mesure prise avant les élections et susceptible de détériorer les rapports intercommunautaires». Cette critique lui a valu les foudres du chef de la diplomatie israélienne, Ariel Sharon, qui rappelle le président de l'Etat à «son devoir de réserve».