Le Parti socialiste français sort miraculé de cette primaire «citoyenne» organisée à la dernière minute, après le renoncement de François Hollande, le 1er décembre, à se représenter pour un second mandat.

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La nette victoire de Benoît Hamon, portée par une réelle dynamique du côté de la jeunesse, redonne un cap à cette formation politique laminée par les déconvenues du quinquennat de François Hollande. Un cap à gauche toute, centrée sur la «social-écologie» et la possibilité d’instaurer un revenu universel d’existence, très controversé en raison de son coût budgétaire considérable.

Option «frondeuse»

Il ne faut toutefois pas se méprendre: cette option «frondeuse» n’a aujourd’hui aucune chance de mener le vainqueur de la primaire du PS au second tour de l’élection présidentielle d’avril-mai 2017. Les socialistes vont pouvoir réapprendre à rêver ensemble, mais ils ont abandonné dimanche soir leurs chances d’expédier à l’Elysée un successeur à François Hollande.

Benoît Hamon n’est pas un candidat qui sera président. Il n’est pas capable de rassembler au centre, et encore moins de diviser la droite face à la menace du Front national. Il parle à son camp. Il n’occupe pas le milieu du terrain politique, mais son aile gauche. Sa campagne présidentielle sera avant tout destinée à imposer son agenda au PS, et à préparer les élections législatives de juin 2017.

Une gauche version Hamon dans le déni

Qu’en penser, vu de l’étranger? D’abord que le bilan de l’exercice du pouvoir reste incroyablement douloureux pour des socialistes qui, depuis 2012, contrôlaient tous ses leviers, de l’Elysée à l’Assemblée nationale. L’équilibre budgétaire, la réduction de la dette publique, la compétitivité des entreprises, la nécessaire réforme du marché du travail… sur tous ces sujets auxquels la France en panne économique est confrontée, la gauche version Hamon est dans le déni.

Résultat: un boulevard s’ouvre pour le seul rescapé de ce quinquennat à concourir avec une vision réaliste de l’art de gouverner: Emmanuel Macron. Ce dernier, désormais crédité de 20% dans les sondages, est au milieu du terrain. La dynamique de sa candidature est réelle. Il a les moyens de bousculer François Fillon, empêtré dans le «Penelopegate», malgré la démonstration de force de celui-ci à son grand meeting parisien ce dimanche.

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La seconde leçon porte sur l’état de la gauche française, et donc de la gauche européenne. Les nouvelles radicalités, déjà à l’œuvre en Espagne ou au Royaume-Uni, sont maintenant installées dans l’Hexagone. Ce qui pose deux questions: celle de l’unité ou de l’éparpillement. Benoît Hamon ne peut, à terme, être porteur d’une refondation socialiste crédible que s’il parvient à l’emporter en avril prochain sur Jean-Luc Mélenchon, le tribun de la gauche radicale. Il doit aussi obtenir, d’ici là, le retrait du candidat des Verts Yannick Jadot.

Rassembleur de la gauche, à défaut de rassembler les Français: la tâche prioritaire du vainqueur de la primaire est loin, très loin, d’être gagnée. La crise identitaire des socialistes français ne s’arrête pas à cette primaire réussie in extremis.