France

Benoît Hamon, chronique d'une chute annoncée

Le candidat socialiste avait donné rendez-vous mercredi 19 avril à ses partisans place de la République, à Paris. En chute dans les sondages, il a mis en garde contre le «vote utile»

C’est un rendez-vous manqué pour Benoît Hamon. Le candidat du Parti socialiste rêvait de rassembler ses partisans mercredi 19 avril place de la République, à Paris. Un dernier grand meeting pour faire «battre le cœur de la France». Mais le slogan ne semble plus faire vibrer une partie de l’électorat de gauche, à quatre jours du premier tour de la présidentielle.

Selon les organisateurs, 20 000 personnes ont participé à cet événement «festif et citoyen». Une affluence faible comparée au rassemblement de son rival à gauche, Jean-Luc Mélenchon. Le 18 mars dernier, sur cette même place symbolique, le tribun avait réuni quelque 130 000 personnes.

«On est venu pour faire du nombre»

Les militants du Parti socialiste redoutaient la comparaison entre les deux événements. «C’est le faible score de Benoît Hamon dans les sondages qui nous a poussés à participer à ce rassemblement. On est venu pour faire du nombre, pour ne pas paraître ridicules face à Jean-Luc Mélenchon», confie Anna, 22 ans. Cette étudiante en communication n’est guère optimiste pour son candidat. «Il me faudra un petit remontant dimanche à l’annonce des résultats», ironise-t-elle.


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Cloué à 7,5% d’intentions de vote, Benoît Hamon a invité ses soutiens à déjouer les pronostics dans les urnes. «Citoyens, citoyennes, réveillez-vous!» a-t-il martelé pendant son discours. Sa dégringolade dans les sondages pourrait alimenter un «vote utile». Parmi les électeurs encore indécis, ceux de Benoît Hamon se prononcent nettement en faveur de Jean-Luc Mélenchon comme second candidat préféré (50%), selon un sondage Cevipof pour Le Monde.

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Solène garde ses distances avec la foule. Tentée par le vote Jean-Luc Mélenchon, elle est simplement venue «par curiosité». «Dans cette période, c’est important d’avoir quelqu’un qui a le courage de porter ses idées. Ce soir, je ne sais pas si je suis convaincue. Benoît Hamon manque de charisme», regrette l’étudiante en droit.

Benoît Hamon a livré un discours porté vers l’avenir. «C’est à vous de décider, non pas un nom sur un bulletin dimanche, mais quelle société vous voulez, quel avenir pour vos enfants.» Car le candidat socialiste pense déjà à l’après: «Je me battrai dimanche et je me battrai après, rien ne m’arrêtera!» Entouré de la maire de Lille, Martine Aubry, et de la ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, il a affirmé avoir «remis la gauche sur son axe historique: la justice sociale et le progrès.»

Limiter la casse

Au Parti socialiste, certains n’excluent pas que le candidat finisse à moins de 5%. Les frais de campagne ne seraient alors pas remboursés. Une débâcle financière et politique. «La vie d’un parti ne se joue pas sur une élection, nuance l’historien Alain Bergounioux. Le PS est tombé dans l’abîme avec la défaite de Lionel Jospin en 2002, puis a remporté en 2004 les régionales. Il faut donc compter avec l’après-présidentielle, à savoir les législatives. S’il s’en sort avec un grand groupe parlementaire, le PS restera incontournable.»

Les militants pensent, eux aussi, à la prochaine échéance. «Il va falloir trouver une majorité aux élections législatives. Ce ne sera pas évident, il y a un déchirement au Parti socialiste», confie Jean-Loïc, en fixant la statue de Marianne. Symbole de la République, le monument se retrouve le dos tourné par rapport à Benoît Hamon et ses partisans. Comme un mauvais présage.

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