Benoît Hamon est désormais le candidat du Parti socialiste français à la présidentielle d'avril-mai 2017. A 22 heures, les résultats du second tour de la primaire «citoyenne» donnent une avance nette pour le candidat arrivé en tête au premier tour avec 36,3% des suffrages. Benoît Hamon totalise 58,9% des voix contre 41,1% pour Manuel Valls. La participation devrait avoisiner au final les deux millions d'électeurs, contre 1,6 million pour le premier tour.

Dès la confirmation de sa défaite, qui sonne l'échec du quinquennat de François Hollande dans son propre camp socialiste, l'ancien premier ministre Manuel Valls a longuement pris la parole pour remercier le vainqueur Benoît Hamon, et redire son «sens de l'action collective et de la loyauté». Ce qui confirme clairement son intention de ne pas quitter le PS, malgré le désaveu de son action à la tête du gouvernement et la colère de ses partisans.

Je n'ai pas de rancœur. On peut rien regretter. Soyez fiers! La gauche est crédible. Elle a su réinventer sa vision de l'entreprise.

Manuel Valls

«Je n'ai pas de rancœur. On peut rien regretter. Soyez fiers! La gauche est crédible. Elle a su réinventer sa vision de l'entreprise», a-t-il poursuivi, avant de se rendre au siège du Parti socialiste pour une poignée de main avec son ancien ministre de l'Education. Le symbole se veut fort, car François Hollande, vainqueur de la primaire à l'automne 2011, était aussi venu saluer Martine Aubry au siège du PS. Mais la réalité est lourde de leçons, tant la difficulté de convaincre les électeurs de gauche français des nécessaires concessions liées à l'exercice du pouvoir - en particulier sur le plan économique et budgétaire - semble, à l'aune de ces résultats, irréductible.

La victoire des «frondeurs»

Dans le camp socialiste, cette primaire marque de façon indéniable la victoire des «frondeurs» qui, durant le quinquennat écoulé, ont pris leurs distances avec l'action du président sortant, avant d'entrer en opposition frontale avec lui. Preuve du malaise politique ambiant, ce dernier s'est d'ailleurs de nouveau abstenu de voter et il n'a pas félicité le vainqueur que le premier ministre Bernard Cazeneuve va en revanche recevoir très vite.

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Lors de son intervention, Benoît Hamon, ancien ministre de l'Education, n'a de son côté fait aucune référence positive aux cinq années passées, durant lesquelles le Parti socialiste a contrôlé tous les leviers de pouvoir (Elysée, Assemblée Nationale), affirmant juste que son succès électoral le place dans la lignée de François Mitterrand, Ségolène Royal, Lionel Jospin, et... François Hollande.

Je veux incarner une gauche moderne, innovante, tournée vers l'avenir.

Benoît Hamon

«Je veux incarner une gauche moderne, innovante, tournée vers l'avenir», a-t-il répété, avant de lancer aussitôt un appel aux autres candidats de la gauche lancés dans la course à l'Elysée: Jean-Luc Mélenchon (gauche radicale) et Yannick Jadot (Verts). «Nos différences ne seront pas irréductibles», a-t-il prédit. Un premier sondage réalisé dimanche estime que Benoît Hamon, fort de cette victoire à la primaire du PS, pourrait atteindre entre 13 et 15% des voix au premier tour de la présidentielle, le 23 avril prochain, devant Jean-Luc Mélenchon.

L'autre surprise de cette enquête est la course de plus en plus serrée que se livrent, pour le premier tour de la présidentielle, Emmanuel Macron (21%) et le candidat de la droite François Fillon (22%). Marine Le Pen, présidente du Front national, baisse également mais demeure largement en tête avec 25% des voix. Plus révélateur encore: Emmanuel Macron battrait François Fillon au second tour de la présidentielle (58% contre 42%)

Risque d'une fracture à gauche

Ce second tour plus réussi de la primaire du PS est à la fois une bonne nouvelle pour le parti, et une preuve nette de son infléchissement vers une «sociale-écologie» plutôt que la social-démocratie traditionnelle. Le PS avait fait face à quelques «problèmes techniques» au lendemain du premier tour dimanche dernier, entraînant des interrogations sur la réalité de la participation. 1,3 million d'électeurs s'étaient déplacés à 17 heures contre un total de 1,6 million la semaine dernière. Le PS a fait des deux millions de votants son objectif, et il est atteint. En 2011, la primaire remportée par François Hollande avait totalisé 2,6 millions d'électeurs. Celle de la droite en novembre 2016 avait réuni plus de quatre millions d'électeurs.

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La ligne socialiste, pro Hamon, est celle d'une nouvelle société centrée autour de la proposition de revenu universel d'existence défendue par le candidat. Ce dernier - soutenu depuis dimanche soir dernier par le troisième homme de la primaire Arnaud Montebourg, partisan du «Made in France» - se retrouvera dès ce soir avec deux défis.

Le premier est d'éviter une fracture ouverte avec les partisans de Manuel Valls, dont certains regardent avec attention l'envol de l'ancien ministre de l'Economie Emmanuel Macron.

Le second défi est de monter très vite en puissance dans la course à la présidentielle, pour réunir plus de voix que le candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, lancé lui hors de la primaire. Le soutien des jeunes aux propositions de Benoît Hamon peut changer les choses au fur et à mesure que l'on avance dans la campagne. François Lamy, lieutenant de la maire de Lille Martine Aubry juge que l'unité du PS «n'est pas menacée» et pronostique un redémarrage autour des «valeurs d'espoir» et de la «lumière dans le tunnel» défendues par le vainqueur de cette primaire.

Des discussions sur le flanc gauche de l'élection présidentielle française devraient s'ouvrir sans tarder. Jean-Luc Mélenchon a répété avant la primaire «citoyenne» que le candidat PS ne «servira à rien». La dynamique enclenchée, surtout auprès de la jeunesse, par l'outsider Benoît Hamon, relance le suspense sur une course à l'Elysée plus imprévisible que jamais.

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