France

Benoît Hamon, le présidentiable anti-Macron

Le candidat socialiste à la présidentielle française a présenté jeudi son programme. D’emblée, il s’en est pris «aux forces de l’argent» en désignant le tandem «libéral» composé de François Fillon et d’Emmanuel Macron

Benoît Hamon a oublié le prénom de «Macron». Pas une fois, lors de la présentation de son programme présidentiel jeudi à Paris, le candidat socialiste à l’Elysée n’a cité «Emmanuel». Objectif limpide: renvoyer l’ancien ministre de l’Economie du gouvernement de Manuel Valls vers la droite. En l’accolant systématiquement à François Fillon. Avec, en sus, une question insidieuse clairement dirigée contre le leader centriste «d’En Marche!» sur l’importance, dans cette campagne, des «forces de l’argent»…

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«Cette présidentielle est polluée par l’argent, a asséné le socialiste de 49 ans, dès son entrée en scène. Les plateformes de certains candidats reposent moins sur l’intérêt général que sur une somme d’intérêts particuliers». Avant de réclamer que tous ses adversaires rendent publics, comme lui s’est engagé à le faire, les dons de personnes privées supérieurs à 2500 euros: «J’aimerais savoir, a-t-il poursuivi, si des dirigeants de sociétés pétrolières ou du monde de la banque donnent un peu, beaucoup ou beaucoup beaucoup de fonds à des campagnes. Ce n’est pas une information neutre», a-t-il complété. Pour le plus grand plaisir de tous ceux qui dénoncent le passage d’Emmanuel Macron à la Banque Rothschild, entre 2008 et 2012.

Un projet antilibéral, écologique et centré sur l’avenir

Après avoir campé le décor de la bataille électorale frontale qui démarrera vraiment lundi 20 mars, avec le premier débat télévisé entre les candidats sur TF1 et LCI, le socialiste Benoît Hamon s’en est tenu à un angle principal: se démarquer de ses adversaires par son projet antilibéral, écologique et centré sur l’avenir. Sans jamais attaquer Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la gauche radicale qui fait jeu égal avec lui dans les sondages (entre 12 et 15% des voix au premier tour, le 23 avril), le vainqueur de la primaire citoyenne a déroulé trois axes: sa volonté de mettre au pas la finance (comme François Hollande en 2012); son choix d’une politique économique de relance centrée sur l’augmentation du «pouvoir d’achat et de la fiche de paie» (ce que François Hollande ne fit pas après son élection) et son orientation fermement écologique.

Sur la finance, deux propositions illustrent la démarche de Benoît Hamon: sa volonté d’obliger les banques à alimenter, sur leurs profits, un fonds de cinq milliards d’euros; et sa résolution à redoubler de poursuites contre les fraudeurs fiscaux sans l’aval préalable du Ministère des finances. Un concours d’inspecteur des fraudes financières sera en outre créé, un corps destiné à diligenter ces investigations.

Hausse des minimums sociaux

Sur la relance budgétaire, le candidat socialiste n’est pas revenu sur la délicate question de la dette publique française, dont il avait envisagé de ne pas rembourser certaines tranches, en particulier celles détenues par les banques. Sa proposition de revenu universel d’existence est en revanche maintenue, sous la forme d’un premier supplément de salaire pour toutes les personnes gagnant moins de 2200 euros net par mois. Le salaire minimum français passera de 1150 à 1350 euros, soit un supplément mensuel de deux cents euros. Coût estimé: 35 milliards d’euros annuels. 22 millions de Français (sur une population de 66 millions) seront dans un premier temps concernés. Une «revalorisation immédiate des minima sociaux» sera par ailleurs immédiatement appliquée par Benoît Hamon s’il est élu. Un marqueur de gauche auquel François Hollande n’avait pas recouru en 2012. Le candidat socialiste a également confirmé son intention de mettre en œuvre une taxe sur les robots pour les entreprises qui s’automatisent sans créer d’emplois.

Sur l’écologie, deux mesures symboliques. D’abord l’inscription dans la Constitution française de la nécessité de préserver l’eau et de l’air, afin de créer de nouveaux instruments légaux pour poursuivre les pollueurs. Ensuite l’engagement que 50% de la production énergétique provienne d’énergies renouvelables d’ici à 2025, contre 75% pour le nucléaire actuellement. «Tous les réacteurs en fin de vie durant le quinquennat seront arrêtés» a promis le candidat socialiste, qui a conclu un accord de gouvernement avec les Verts.

Un petit goût démocratique suisse

Résolu à apparaître comme le «rénovateur «de la politique française, seul capable de porter des options d’avenir pour «les enfants de nos enfants», Benoît Hamon s’est aussi inspiré du modèle suisse, souvent cité par ses adversaires sous l’angle unique de l’apprentissage. Il introduira, s’il devient président, un «49.3 citoyen», copie conforme du référendum facultatif helvétique, et il consultera les électeurs par référendum sur le vote des étrangers aux élections locales.

Sur l’Europe, son inspiration provient essentiellement de la vision de l’économiste Thomas Piketty présentée dans les colonnes du Temps cette semaine: un traité de démocratisation de la zone euro sera proposé, avec le projet d’instituer d’une assemblée parlementaire permanente des pays ayant la monnaie unique en partage.

Lire: Thomas Piketty: «L’axe Schaüble-Merkel dresse les pays européens les uns contre les autres»

C’est cette assemblée qui débattrait des questions budgétaires, et qui pourrait porter le projet d’une mutualisation des dettes souveraines supérieures à 60% du PIB, comme l’avait proposé en 2012 le comité des sages économiques allemand.

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