France

Benoît Hamon, ce vainqueur de la primaire qui veut réinventer la gauche française

Benoît Hamon a remporté dimanche soir la primaire «citoyenne» de la gauche française. Il totalise 36% des voix, devançant Manuel Valls avec 31%. Arnaud Montebourg, avec 18% des voix, est éliminé

Benoît Hamon a réussi son incroyable pari. L’ancien ministre de l’Education, homme neuf porteur d’idées neuves pour une gauche différente, au programme centré sur la réponse à la raréfaction future du travail salarié, est sorti nettement en tête du premier tour de la primaire «citoyenne» organisée par le parti socialiste français. Environ 1,7 millions d'électeurs se sont déplacés, contre plus de quatre millions pour la primaire de la droite de novembre 2016, et 2,6 millions pour la primaire du PS de l'automne 2011. 

Peu connu à l’étranger, partisan d’un profond renouvellement programmatique du PS centré sur sa proposition de revenu universel d’existence pour tous les Français, l’actuel député des Yvelines âgé de 49 ans obtient plus de 36% des voix. L’ancien premier ministre Manuel Valls, tenant d’une ligne réaliste dans la lignée du quinquennat Hollande, suit derrière avec 31%. «Une nouvelle campagne commence. Entre la défaite assurée et des promesses irréalisables, et la victoire possible pour une gauche crédible, réformiste, généreuse. Vous avez désormais le choix […] L’avenir du parti socialiste est en jeu» a trés vite riposté Manuel Valls, prenant d’emblée le contre-pied de l’élan incarné par son adversaire du second tour. Plus fébrile, presque étonné par son succès que les médias sociaux avaient pourtant prédit, Benoît Hamon a de son côté réaffirmé sa volonté «d’un message clair d’espoir et de renouveau», multipliant les appels du pied aux électeurs écologistes.

Arnaud Montebourg nettement battu

Un homme est nettement battu: Arnaud Montebourg. L’ancien ministre du redressement productif (2012-2014), lancé dans la course présidentielle dès le mois d’août dernier, plafonne à moins de 18% des voix et est éliminé. Il renoue avec son score de la primaire PS de 2011, dont il avait été le troisième homme derrière François Hollande et Martine Aubry. Conséquence: le chamboulement de la gauche française s’annonce considérable. Arnaud Montebourg a dès 21 heures annoncé son soutien à Benoît Hamon au second tour. Les deux hommes, à ce stade, totalisent près de 54% des voix. Cette addition de voix pourrait toutefois être chamboulée si la participation devait nettement augmenter dimanche prochain. D’où l’appel à voter lancé ce soir avec virulence par Manuel Valls, qui compte aussi sur l’ultime débat télévisé, jeudi 26 janvier, pour faire la différence.

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Une mobilisation relativement faible

L’autre leçon de cette primaire organisée à la dernière minute en raison du renoncement tardif de François Hollande, le 1er décembre, à se représenter pour un second mandat est en effet la mobilisation, relativement faible au-delà des sympathisants socialistes. La participation finale est inférieure aux deux millions de votants espérés par le parti socialiste. «Les résultats sont dans l'épure de ce que nous avions fixé […] Je suis persuadé que l’exercice démocratique du jour tiendra la gauche debout» s’est néanmoins félicité, sans convaincre, le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis, premier orateur à remercier les électeurs.

A première vue, le grand vainqueur de ce premier tour de scrutin est… Emmanuel Macron, l’ancien ministre de l’économie qui a décidé de se présenter hors primaire. Tenant d’une ligne sociale-centriste, celui-ci devrait bénéficier à plein du report des voix des partisans de Manuel Valls si l’ancien premier ministre ne parvient pas à rattraper son retard et à l'emporter dimanche prochain. La candidature Macron explique sans doute aussi la faible mobilisation au-delà du PS, les électeurs centristes estimant déjà avoir un candidat «présidentiable».

Une sommation adressée au PS

Ce vote est à l’évidence un tir de sommation des électeurs, qui veulent rompre avec les options défendues par la gauche de gouvernement, version François Hollande. Fait symbolique: le président de la République élu en 2012, en voyage officiel au Chili dans le désert d'Atacama, n’a d’ailleurs pas voté pour ce premier tour de la primaire. Il s’est contenté de déclarer qu’il «continuait de suivre de près» la politique française.

Moins exposé qu’Arnaud Montebourg, résolument axé sur la nouvelle société numérique, sur l’écologie et beaucoup plus pro-européen que l’ancien ministre du redressement productif, Benoît Hamon incarne en France cette gauche alternative proche des thèses défendues aux Etats-Unis par le sénateur Bernie Sanders. A l'image de ce qui se passe dans le reste de l'Europe, la sociale-démocratie traditionnelle est battue. La défaite est aussi rude pour les caciques du parti socialiste qui, jusque-là, se partageaient principalement entre les deux camps: celui «réformiste» de Manuel Valls, et celui «productiviste et protectionniste» de Arnaud Montebourg, chantre du «Made in France». S'il devait l'emporter dimanche prochain, Benoit Hamon deviendra naturellement l'homme fort de ce parti socialiste qu'il a longtemps bataillé pour rénover. 

Naissance d’une nouvelle gauche socialiste

Cette nouvelle gauche socialiste en train de naître dans le sillage de Benoit Hamon aura toutefois une difficulté de taille dans la course à l’Elysée: sa confrontation programmée avec le candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier s’est en effet positionné comme le candidat du peuple et des ouvriers. Difficile, à la sortie de ce premier tour de la primaire, de ne pas sentir le vent de l’implosion socialiste que confirme aussi le très mauvais score du député européen Vincent Peillon, ex-professeur à l’université de Neuchâtel et désormais soutien de Hamon. Celui-ci plafonne à moins de 7% des voix. L’écologiste François de Rugy (qui devrait soutenir Valls) décroche un score de 3,49%, suivi de Sylvia Pinel (déjà pro-Valls) à 2,10% et Jean-Luc Bennahmias avec 1,60%.

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